Nous revenons sur nos pas pour quitter cet endroit si attachant, gardant l’envie en nous de l’explorer plus. Toute petite étape prévue pour prendre le déjeuner sur l’ancienne base aérienne soviétique.
L’endroit est fascinant. Nous passons des chemins de terre au tarmac et déambulons entre les hangars gigantesques couverts de terre et les bâtiments délabrés ou les monuments défigurés.
Je me dis que les hangars qui jadis abritaient les avions militaires seraient sans doute excellents pour affiner du fromage. Je n’ai pas complètement tort, ils servent manifestement à stocker les récoltes de blé, d’orge ou de tout ce qui pousse dans le coin. Nous en voyons quelques-uns ouvert où s’affairent récoltants et négociants.
Tout cela me fait méditer et m’interroge sur le changement brutal de fonction de tels ouvrages. Comment et par qui ses hangars sont-ils gérés, entretenus ? À qui appartiennent-ils ? Qui a le savoir sur les bâtiments, ce à quoi ils ont servi précisément ? Comment s’est faite la transition entre l’armée soviétique et la suite ?
À dada
Je suis allé faire quelques courses et lorsque je reviens, j’aperçois Léon sur un cheval en train de se balader, Lucie attendant son tour et Estelle discutant avec trois personnes.
Tous trois viennent du village un peu plus haut. Giorgi est judoka professionnel et m’explique que le champion olympique de judo aux JO de Paris vient également d’ici.
Ioska habite dans la base. Il a une ferme d’élevage et ses bêtes, chevaux et vaches, paissent ici. Il est vissé sur son cheval et s’assure que son troupeau ne va pas grignoter les cultures des voisins. C’est un cavalier hors pair, il parait qu’il gagne toutes les courses du coin, nous voulons bien le croire.
Nous dormons sur la base, immense terrain de jeu pour les enfants.
Au matin, Ioska nous invite à visiter sa ferme et à boire un café. Un moment fort agréable malgré la barrière de la langue et l’inefficacité des traducteurs.
Longer la frontière
Nous quittons la base, passons dans le village du champion olympique où nous découvrons une boutique de légumes / réparation de smartphones, une première pour ma part.
Puis la route plonge vers la plaine coupée par la rivière qui fait ici la frontière entre la Géorgie et l’Azerbaïdjan. Les panneaux nous disent clairement qu’il ne faut pas s’approcher de la frontière sans bonne raison. Nous devrons rouler un peu pour poser la tente ce soir.
Nous croisons des militaires qui nous disent qu’en fait, il faudra rouler beaucoup plus et qu’on ne peut pas poser la tente ici. C’est que ça fait vraiment beaucoup plus loin… Alors, nous roulons un peu et nous arrêtons devant la ferme d’Avto. Ses chiens sortent et nous aboient dessus, alors nous prenons cela comme une invitation. Nous lui demandons si nous pouvons poser la tente dans sa ferme, pas de problème.
Avto vit seul ici et s’occupe du jardin, des bêtes, des ruches, du vin, du formage, ses produits sont excellents et ils nous offre le repas. Le nourrissage des bêtes à la pastèque vaut le détour !
Tous les chiens gardent notre tente pendant la nuit, nous ne craignons rien.
Tout plat
Nous retournons vers le massif du canyon de l’aigle, mais côté nord et bien plus bas en altitude. Puis nous attaquons la traversée de la plaine. Une plaine plate avec rien dessus d’autres que des champs et des étangs. Nous prenons les chemins, évitant la route. Que nous finissons par rejoindre, ce qui ne nous enchante guerre. Quelques kilomètres encore et nous posons la tente à ერეთისკარი (Eretiskari).
La rivière chauffée par des eaux thermales, les martins pêcheurs, le grand pré marécageux en plein milieu du village où les troupeaux paissent sous d’immenses chênes, la vue sur le Grand Caucase, une ambiance particulière règne ici, intangible, inexplicable.