Nekressi

Plaine de montagnes

Écrit par Marc pour le .

Nous quittons ლაგოდეხი (Lagodekhi) et faisons cap à l’ouest. Nous sommes dans la plaine de la rivière ალაზანი (Alazani). Tout plat au centre, bordée de montagnes au nord, au sud et à l’ouest.

Nous sommes en plein Grand Caucase et le longeons de près côté nord. Nous passons le relief de la colline du chien nommée ainsi récemment, sans doute, car le lieu est truffé de niches avec vue dont les habitants semblent nourris par de nombreux automobilistes qui pratiquent cette route au quotidien.

Route assez passante d’ailleurs et il nous tarde de trouver un chemin plus paisible. L’itinéraire principal finit par se tourner vers la plaine quand nous continuons de longer la chaîne montagneuse.

Nous trouvons un spot de bivouac particulièrement agréable au bord d’un réservoir d’eau, au pied des montagnes couvertes de forêt et à l’écart de la route à ზინობიანი (Zinobiani).

Au loup

Et ce soir, c’est cadeau. Alors que tout est calme autour, nous entendons soudain un loup qui entame son chant depuis la montagne AOUUUUUU ! Comme dans les films. Et voilà que d’autres répondent et c’est un concert, un véritable chœur qui se met en place. Nous sommes tous surexcités et heureux d’en être les spectateurs, tendant l’oreille, le sourire aux lèvres.

Le lendemain, lorsqu’il s’agit de plier pour partir, les enfants nous disent : Oh non ! Pourquoi partir aujourd’hui, on est bien ici !

Oui, c’est vrai ça, pourquoi partir aujourd’hui ? Alors nous restons. Nous allons un peu nous promenons-nous dans les bois pour voir si le loup n’y est pas ou ne nous a pas laissé son chapeau. Nous revenons avec des branches mortes pour faire du feu, mais du loup, il ne nous reste que le souvenir du chant.

Nekressi

Le lendemain nous emmène à ყვარელი (Kvareli) pour le repas du midi. Il paraît que c’est très mignon. Nous mangeons dans un petit parc de jeux, mais je n’ai pas envie d’aller dans cette ville, je ne sais pas pourquoi, je n’ai juste pas envie d’être là. Alors nous partons sans avoir atteint le centre ville ni visité les musées qui s’y trouvent, ce que nous avions envisagé en regardant la carte.

La route nous mène un peu plus loin au pied du monastère de ნეკრესი (Nekressi). Perché tout là-haut au milieu des arbres, il est impressionnant. Nous irons le visiter demain, mais avant cela, un petit détour par les ruines d’un temple zoroastrien. Ou peut-être s’agit-il d’un temple du soleil. Ou d’un tombeau manichéen. En tout cas, il s’est passé des choses ici il y a bien longtemps et pour visiter les ruines, nous avons un guide qu’Estelle a tôt fait de dresser pour éviter qu’il nous grimpe dessus.

Nous nous dirigeons ensuite vers un endroit potentiel de bivouac. Faisant une pause d’observation devant un lieu où se déroule une fête, nous sommes bien vite alpagués et invités à participer. Ça festoie dru et Beka nous partage avec émotion et lyrisme son envie de voyager à vélo avec sa compagne qui n’est pas présente aujourd’hui. Il nous dit qu’il est la cible de moqueries dans son village et même dans sa famille car il préfère le vélo à la voiture.

À l’ombre du chêne

Beka nous emmène à un endroit où nous pouvons poser la tente. Il discute avec les policiers qui gardent l’entrée de la route du monastère et leur explique notre situation. Pas de problème pour nous installer ici, il y a de l’eau, des toilettes et un immense chêne magnifique entouré de tables couvertes pour festoyer.

Au matin, nous plions et démarrons l’ascension à pieds vers le monastère. La route n’est pas longue mais la côte est raide. D’autres visiteurs choisissent de grimper en navette.

Le monastère est très ancien, magnifique. Nous sommes accueillis par un pope qui peint des icônes. Ses quelques mots d’anglais nous permettent de discuter un petit peu. Juste à l’entrée de l’église, les enfants et moi sentons une énergie incroyable, ça pétille dans nos corps !

La vue splendide invite à la méditation.

Alors on danse

Après la redescente, nous commençons un repas simple autour du chêne. Il y a du monde aujourd’hui, peut-être un jour particulier. Les enfants observent le dépiautage du mouton qui a été tué sur place. Si monde il y a, musique forte il y aura, alors je pars à la recherche d’un endroit paisible pour cette nuit, à l’écart des éventuelles festivités.

À mon retour, je vois ma famille attablée devant force mets et tentant de discuter avec les Géorgiens qui nous ont invités. Une place vide du côté des hommes m’attend. Je suis accueilli à mon tour et me retrouve avec une assiette pleine, des couverts et un verre qui se remplit.

La table géorgienne, c’est quelque chose. Le maître de cérémonie se trouve en bout de table et très régulièrement se lève pour porter un toast. Tout le monde écoute et attend que le toast soit terminé pour boire son verre. L’ordre des toasts est règlementé, pour Dieu, pour les ancêtres, pour les enfants, pour les amis, pour les morts, pour les gens dans le besoin, pour l’amour… tout y passe et chaque prise de parole est l’occasion de partager son lyrisme, de déclamer un poème ou de chanter une chanson. Le tout se termine par un gaumarjos ! (santé en Géorgien).

Aujourd’hui, seuls les hommes trinquent. Je trempe mes lèvres dans mon verre et ne le vide pas d’un trait contrairement à mes compagnons du jour. Notre hôte me reproche un peu ma tempérance, je dois argumenter, expliquer que je suis honoré d’être invité mais que je ne souhaite pas boire un verre entier à chaque toast. Après quelques échanges et quelques toasts, je finis par avoir moins de regards de reproches et lorsque je me mets à déclamer un poème à mon tour, notre hôte est plein de joie et de gratitude. Puis nous dansons avec beaucoup de plaisir et plein d’énergie et tout le monde est heureux.

Nous sommes bien contents de rouler quelques centaines de mètres pour laisser l’énergie redescendre tranquillement et retrouver le calme pour dormir dans notre tente en gardant le souvenir d’une excellente soirée.

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