Pour louper les cols

Fin de plaine

Écrit par Marc pour le .

Nous quittons Giorgi et le Marani Ruispiri et traversons à nouveau la plaine pour nous approcher un peu du Grand Caucase si magnétique. En face, derrière les premiers cols, c’est la Touchétie, la région la plus inaccessible de la Géorgie.

Giorgi nous a un peu raconté avec les yeux brillants de plaisir lorsqu’enfant il menait le troupeau en estive tout là-haut. Il nous a aussi raconté les chars russes qui passent faire coucou. Derrière les cimes, c’est la Tchétchénie.

Nous ne pouvons pas monter, malgré l’envie. Ces cimes ne sont pas (encore ?) accessibles à nos lourds vélos. Alors, nous bifurquons et longeons la chaîne de montagne vers d’autres cols, plus accessibles. Ce faisant, nous passons à ალავერდი (Alaverdi) et son magnifique monastère. La journée s’arrête dans le petit village de საბუე (Sabue), pile en bas des côtes que nous gardons pour le lendemain.

Journée des cols

Voilà plusieurs semaines, voire mois, que l’étape d’aujourd’hui est un grand point d’interrogation. Allons-nous tous réussir à passer ces cols sans que cela soit un enfer, n’est-ce pas trop ambitieux, trop difficile ? Passer par là nous permet d’éviter les axes principaux autour de თბილისი (Tbilisi) pour nous rendre à დუშეთი (Dusheti) où nous sommes attendus pour passer l’hiver.

C’est parti, l’ambiance est bonne, le temps radieux et tout le monde sait à peu près ce qui nous attend. Mais une carte n’est qu’une carte et la réalité peut nous réserver des surprises. Nous craignions que la route soit passante, ce n’est pas du tout le cas, ce qui facilite notre ascension.

Et ça grimpe, les panneaux indiquant les dénivelés sont totalement fantaisistes, posés à des endroits inappropriés, indiquant des informations contradictoires et en décalage par rapport à la réalité que nous dicte nos cuisses et mollets. Un peu comme si les cantonniers avaient tiré aux dés l’emplacement des panneaux ou imaginé des blagues : Viens, on met le 11% 20 mètres après le 8% et 30 mètres avant le 7% et puis plus rien pendant 2km !

Toujours est-il que c’est une vraie étape de grimpe. Et ce n’est pas un col que nous avons à passer, mais deux (et demi) et des sérieux.

Ravitaillement

Léon et moi grimpons en tête, tranquillement, en faisant des pauses régulières mais courtes. J’ai besoin de ce rythme si je veux réussir à tirer le chargement jusqu’au bout. Estelle roule avec Lucie, ce qui signifie se caler sur le rythme de notre fille. Et ça peut être des pauses tous les 100m. Ou bien des passages à pieds. Pour nos corps d’adultes et nos chargements, c’est très éprouvant toutes ces micro pauses. Nous avons l’endurance, les enfants ont la capacité de se régénérer très vite.

Une fois arrivé en haut du premier col, je laisse mon vélo à Léon et descends à pieds pour aider Lucie si besoin. Mais rien du tout ! Je vois ma fille pédaler tranquillement et me dépasser avec un petit sourire de fierté malicieux.

Pause repas. Enfin, grignote. Nous n’avons pas trouvé de point d’eau, difficile de cuisiner.

À l’assaut

La journée n’est pas finie et la suite n’est pas de tout repos. Une bonne grosse descente avant le prochain col. Malgré le temps radieux, il faut passer une petite laine avant de descendre. Laine que nous quittons dès que la route remonte.

L’épreuve est plus courte, mais plus intense. C’est le moment de prendre soin du moral des troupes. Malgré quelques craquages, Lucie est épatante. Elle a des moments de complet ras-le-bol et deux minutes après va gravir un dénivelé particulièrement difficile avec une facilité déconcertante.

Quant à Léon, il est impressionnant. Il grimpe ça avec détermination et une certaine désinvolture. Arrivé au sommet du deuxième col il râle tout de même un peu en voyant qu’il reste une petite côte avant que ça descende. Il croyait que c’en était fini ! Mais il part devant et décide d’en finir au plus vite pendant que je vais voir si les filles n’ont pas besoin d’un coup de main. Mais comme précédemment, Lucie n’a pas besoin de mon aide.

Une dernière côte après une descente légère et nous voilà au bout des difficultés de la journée. Nous sommes fiers de nous, heureux d’être arrivés au bout de cette épreuve ! C’est notre record de dénivelé dans la journée (820m de d+) et Lucie l’a fait toute seule, c’est incroyable.

Notre référence absolue, c’est Passo Tonale en Italie. À chaque fois qu’une côte nous semble difficile, nous nous rappelons que nous avions réussi à gravir ce col au début de notre voyage. Voilà que nous avons avons fait encore plus difficile, mais avec beaucoup plus de facilité !

Tianeti nous voici

La descente vers თიანეთი (Tianeti) et son petit plateau est délicieuse. Le soleil nous réchauffe encore un peu bien que l’on sente la fraîcheur plus vive. Nous passons devant le lieu de notre futur bivouac que nous laissons le temps d’aller nous restaurer et célébrer notre journée dans un petit restaurant en ville. Ce soir, c’est khinkali et khatchapuri ! Demain est un autre jour…


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