Nous quittons Tbilissi ce matin. L’ambiance y est différente depuis quelques jours car Ilia II est décédé à 93 ans. Des extraits de la vie du patriarche de l’Église orthodoxe géorgienne sont montrés sur de nombreux écrans dans la ville et la circulation est arrêtée par la police dans le quartier où nous avons résidé, laissant les larges avenues vides. Ce qui n’est pas pour nous déplaire, même si on adore la bagnole (encore ?!), nous trouvons que la ville n’est pas toujours très adaptée aux piétons sans même parler des personnes en fauteuil roulant ou des usagers en poussettes. Traverser une avenue ici, c’est emprunter un passage souterrain qu’il faut déjà atteindre. Des petits commerces peuvent parsemer ces galeries où l’on trouvera des articles de dessin, des coques de smartphones ou des éclairages portatifs pour réussir ses selfies, des cierges, encens et icones, des chaussures ou des sous-vêtements affriolants dont on se demande bien qui ils peuvent affrioler.
Tous à la cathédrale
La Géorgie est, selon les géorgiens, le premier état chrétien au monde. Les arméniens disent que c’est l’Arménie, je nous propose de ne pas trancher aujourd’hui le sujet et de le garder pour une veillée prochaine. On est au 4è siècle quand sainte Nino prêche le christianisme en Géorgie (Ibérie à l’époque) et que le roi déclare qu’il sera la religion officielle.
Dans les bus, sur les trottoirs, dans les voitures, jeunes et vieux, hommes et femmes, chacun se signe trois fois lorsque l’on passe devant une église ou un monastère. La religion semble être un des ciments du peuple géorgien.
Une longue procession est prévue aujourd’hui pour mener la dépouille du patriarche à la cathédrale qui trône sur une des collines de Tbilissi.
Métro gratuit
Nous avons nos lourds sacs sur le dos, traversons les avenues joyeusement sans avoir besoin d’escaliers et nous dirigeons vers la station de métro.
Les portillons sont ouverts, les transports sont gratuits en ce jour de deuil national. Nous descendons dans les profondeurs très profondes du métro grâce à l’un des trois longs et raides escaliers roulants sous le regard parfois attentif de la gardienne des lieux assise dans la guérite sur le quai.
Arrivés à Didube, la gare routière, nous trouvons notre marchrutka qui nous attend tranquillement. Pour 20 laris par personne (env. 6,5€), nous arrivons à Bakuriani sous 3h.
Seuls
Nous marchons les quelques 3 kilomètres qui nous séparent de notre logement. Au pied des pistes de ski, l’immeuble récent est vide. Les enfants sont ravis, ils peuvent courir dans les couloirs sans déranger personne ! Je vais faire quelques courses et suis arrêté devant la porte du magasin. Un homme se trouve derrière, sur un tabouret, quelques bougies, un autel improvisé. Il me laisse entrer et je vois tous les employés dans un recueillement en train d’écouter ou regarder sur leur smartphone la cérémonie de funérailles du patriarche. Je me joins brièvement à leur recueillement, touché par cette cérémonie improvisée. Sans vraiment être concerné, me voilà pourtant partie prenante par hasard, alors je joins mon coeur au chœur.
Les rois des pistes
La fonte des neiges est très sérieusement entamée, pourtant la station est encore ouverte. Nous sommes surpris et ravis de pouvoir encore skier. Notre loueur est fort sympathique et, parlant anglais, raconte notre histoire à ses collègues. Lui a été entraineur de l’équipe nationale de ski.
La station est familiale et les pistes, dans cette partie, mènent toutes au même endroit. Le premier jour, c’est piste verte pour Estelle et moi, les enfants l’ont descendue une fois ou deux et nous font comprendre qu’ils ont autre chose à faire que de nous accompagner, Léon en premier qui ensuite montre ses découvertes à sa soeur.
Nous avons un soleil radieux et nous sommes seuls. Nous avons l’impression d’être super riches et d’avoir privatisé la station. La piste est idéale pour Estelle qui se sent bien plus à l’aise et nous pourrons ainsi skier ensemble sur des pistes plus longues et moins faciles dans les jours qui suivent.
J’ai un immense plaisir à skier avec chacun. L’an dernier, j’étais le seul à savoir glisser sur deux planches et voilà qu’Estelle m’accompagne dans des descentes paisibles et des moments de connivence face au paysage splendide, Lucie joue avec la neige tentant des expériences dans la neige fraîche ou cherchant par elle-même à comprendre les changements d’équilibre. Quant à Léon, il semble être né sur des skis. Il a desormais une posture detendue et optimale, dévale les pentes à toute vitesse et cherche la moindre bosse. Fort heureusement, il fait encore de bonnes faute de cares, laissant à son père un peu d’espoir de pouvoir le suivre encore pour quelques temps (mais ça ne va pas durer).
Le dernier jour d’ouverture est là. Lucie n’a pas envie d’aller skier, il ne fait pas très beau, la neige n’est pas excellente, elle a eu sa dose. Léon et moi louons des snowboards pour une deuxième journée de découverte. Les conditions s’y prêtent vraiment bien.
Au bout de la première descente, j’ai presque des crampes tellement je suis tendu. Dans la deuxième descente, nous faisons tous deux des beaux virages et prenons plaisir à chercher la bonne position. La troisième, nous nous affinons et commençons à trouver nos marques.
Arrivés en bas de la seule remontée mécanique en fonctionnement aujourd’hui, la voilà fermée. Les dix autres skieurs attendent avec nous. Quelques hommes descendent des telécabines en discutant. Un des skieurs leur demande ce qui se passe et ils répondent qu’ils rentrent chez eux, trop de vent. Nous comprenons que la saison est bel et bien finie, mais personne ne viendra nous le dire. Les guichets et portillons sont tout simplement fermés sans info supplémentaire. Léon est déçu mais la situation nous amuse beaucoup : une fin de saison à la géorgienne !
Nous nous sentons tellement chanceux d’avoir pu vivre ces quelques jours de glisse dans ces conditions.
La neige tombe toute la journée du lendemain. De beaux gros flocons qui continuent de tomber la nuit.
Au matin, quelques descentes de luge et nous décidons d’aller louer des snowboards une dernière fois, pour toute la famille cette fois. Nous trouvons un magasin ouvert et montons nos planches le long du raidillon juste derrière l’immeuble. Nous passerons la journée à tester la glisse dans la neige fraîche, à chercher la bonne posture, à rouler bouler sans se faire mal, chacun à son rythme.
Une nuit sur les pistes
Une dernière nuit dans l’appartement. Une dernière partie de cache-cache dans l’immeuble désert et mal éclairé. Nous avons très envie, Lucie la première, de grimper à pieds et d’aller poser la tente sur la neige pour une nuit.
Nos sacs sur le dos, nous remontons tranquillement les pistes. La fonte est vraiment avancée et déjà le côté exposé au soleil de la piste qui domine l’immeuble est dégagé. Je suis allé explorer la veille et j’ai trouvé un endroit qui me semble propice. Suffisamment haut mais abrité. Nous parvenons à atteindre le replat à plus de 2000m. Nous ne sommes pas au sommet mais nous ne pourrions pas y rester vu le vent là haut.
Nous installons la tente, profitons pleinement de la vue et du soleil. Asa, la chienne qui nous accompagne depuis le bas est avec nous. Le soleil se couche, nous lui disons de descendre mais elle reste. La température a chuté, le vent souffle franchement, nous faisons cuire un peu de riz pour avoir quelque chose de chaud à nous mettre dans le ventre. Il met bien longtemps à cuire ce riz, avec le vent qui éparpille la chaleur malgré la protection.
Tout à coup, nous entendons un bruit de déchirement sinistre. Estomaqués, nous voyons la patte d’Asa dans la tente alors qu’elle est dehors. Elle a sans doute voulu gratter à la porte, mais sa patte a déchiré la toile et le double toit.
Nous voilà à plus de 2000m, sur la neige, de nuit, dans le vent avec un gros trou dans la tente…