Autant dire que nous n’avons plus très envie de dormir à portée malfrat. Alors que Rebecca va passer deux nuits dans une maison d’hôtes, nous trouvons un spot idéal pour nous. Depuis la piste, il faut entrer dans un bosquet, passer un ruisseau, évoluer encore entre les arbres et nous voilà dans un coin tranquille, à proximité de la rivière, avec de l’ombre et loin de tout. Un autre accès est possible, mais il faut avoir un véhicule haut sur roues et oser passer la rivière, puis emprunter le petit chemin pour nous faire coucou.
Et c’est précisément le cas de Jean-Mi, qui nous rejoint après notre première nuit. Il cherche lui aussi un coin à l’écart et trouve que celui-ci est parfait. Il est guide de montagnes et vit vers Briançon. Il voyage avec ses deux malinois, son parapente et ses skis de rando dans son vieux camion de l’armée tchèque aménagé.
Nous sommes bien dans notre petit coin. Nous devons faire la cuisine au feu de bois, ce qui ne simplifie pas toujours les choses, mais de bois, nous n’en manquons pas. Il faut juste penser à en ramasser lorsque le soleil l’a séché et le stocker à l’abris avant qu’il ne pleuve. Car un peu comme en Bretagne, il fait beau plusieurs fois par jour.
On attend
Oui, nous attendons. Nous attendons de pouvoir faire cette randonnée dont tout le monde parle. Une randonnée qui va de Mestia à Ushguli en quatre jours et qui est parait-il absolument magnifique. Mais c’est un vrai défi. Un col à plus de 2700m, des dénivelés redoutables, des rivières à passer à gué. Pas sûr que l’on y arrive, mais c’est pour cela que nous sommes ici. C’est pour cela que nous restons vers Mestia.
Mais voilà, tout le monde nous a dit que mai, c’est trop tôt, mi-juin peut-être. Mais qui sait ?
Nous discutons avec Jean-Mi, et il est très clair, ce n’est pas du tout jouable avant deux ou trois semaines.
Nous devons renoncer et ce n’est pas facile.
Soit, renonçons. Mais rien ne nous empêche de faire autre chose.
Un morceau de glacier
Après quelques nuits, nous changeons de spot pour retrouver Rebecca et les enfants un peu plus loin, dans un coin très tranquille aussi, mais accessible en voiture. Enfin, il faut le vouloir. La vue sur les montagnes, la tranquillité, les arbres, le petit ruisseau, tout est charmant et si agréable.
Après notre installation, les enfants ne sont pas motivés, mais Estelle et moi avons très envie d’aller à l’assaut du glacier dont on entend parler depuis notre arrivée à Mestia et qui est au bout de la piste à côté de laquelle nous nous trouvons. Il fait beau aujourd’hui et demain est annoncée la pluie. Nous partons tous les deux, laissant nos enfants profiter de leur demie-autonomie.
Nous évoluons sur un petit sentier parallèle à la piste et bien plus joli. Le sentier se perd dans les bois, se retrouve un peu plus loin.
Puis nous partons à l’assaut du glacier d’un pas rapide. Nos corps ont besoin de bouger. Nos cœurs trouvent que quand même, on pourrait ralentir un peu. Nous avançons vite, nous dépassons plusieurs groupes, saluant qui en turc, qui en anglais ou en géorgien. Cela nous fait du bien aussi d’être à deux, de pouvoir parler sans être interrompus, ou d’avancer en silence.
Nous voilà en haut. À l’orée du glacier. La montagne est massive, elle nous domine. La vallée est profonde et abrupte et l’on se demande comment les quelques arbres qui sont présents sur les flancs peuvent survivre.
Je trempe mes pieds dans le torrent qui coule du glacier. C’est frisquet.
Puis nous redescendons. Rapidement. Nous ne voulons pas que Rebecca ait à s’occuper de nos enfants en plus des siens.
Demain, le temps va se dégrader. Les températures chutent et de la neige est annoncée.
Au matin, nous retournerons à Mestia pour trouver un abris pour les quelques prochaines nuits, puis nous partirons pour une randonnée en famille sur plusieurs jours.