De crête en vallée

Marcher pieds nus sur la neige

Écrit par Marc pour le .

Le temps est radieux et le village de წვირმი (Tsvirmi) nous enchante vraiment. Il nous fait réfléchir sur le tourisme, sur la différence de niveau de vie de ceux qui ont une guesthouse et ceux qui n’en ont pas, de ceux qui parlent un peu anglais et ceux qui ne le parlent pas, de ceux qui peuvent construire une maison pour les touristes et ceux qui ne le peuvent pas. Ils habitent dans le même village. Un village qui est riant 5 mois dans l’année et où la vie est rude le reste du temps. Nos hôtes étaient adorables, la maisonnette dans laquelle nous avons dormi aurait très bien pu se trouver en Hongrie ou en France, mêmes meubles rectilignes, mêmes frigos immenses et tellement économes en électricité, seul le poêle à bois et le fauteuil du grand père rappellent que nous sommes en Géorgie.

Ce matin, il nous faut grimper sur une piste escarpée vers la cime que nous suivrons. Le chemin est habillé de cailloux, il semble récent, les empreintes de godets grignoteurs sont encore toute fraîches. Nous observons les écureuils, les oiseaux, les arbres. Puis voilà une épaule, un sentier fort charmant nous fait évoluer entre fleurs naissantes et neiges anciennes, nous continuons à grimper un peu et voici la crête. Nous sommes saisis par la vue. Tout autour de nous, des sommets enneigés. Nous sommes seuls. Nous évoluons entre les arbres. De part et d’antre, la montagne. Nous sommes en contemplation. Parfait pour la pause midi. Au pieds des arbres, face à un panorama à couper le souffle. En bas, la vallée, le torrent, les arbres, un route sinueuse qui suit les courbes de la rivière. Des étendues de neige sous nos yeux.

Les enfants commencent à courir pieds nus sur la neige. Là où la neige n’est plus, l’herbe est toute douce. Alors, lorsque nous reprenons la marche, ils refusent de remettre leurs chaussures. Soit, pourquoi pas.

Le petit sentier de terre à flanc de crête ne cesse de nous émerveiller. Nous sommes seuls. Nous observons les déjections de quelque rongeur. Le chemin s’élargit un peu, la neige est de plus en plus présente, les enfants marchent toujours pieds nus. Un couple d’anglais. Nous en profitons pour faire un peu de grammaire anglaise après les avoir quittés.

Le haut des remontées mécaniques. Nous prenons la piste rouge, même Estelle qui habituellement les évite. Plus facile lorsqu’il n’y a plus de neige. Puis le chemin et nous voilà à proximité de ჰეშკილი (Heshkili), Rebecca a déjà posé la tente dans un pré avec une vue imprenable sur la montagne. Les enfants sont très contents de se retrouver et partent dans des jeux.

À l’affût

Les enfants de Rebecca sont couchés, les nôtre ont très envie de passer une nuit à l’affût, comme Vincent Munier. Ils ont préparé un abri, il faut que je vienne voir. L’abri est très difficile d’accès, ne donne absolument pas sur une clairière et est bien trop petit pour nous quatre. Ils sont d’accord, ils aimeraient bien que Vincent vienne expertiser mes remarques, mais il n’est pas là.

Qu’à cela ne tienne, il faut trouver un endroit propice. J’avoue que je dormirais bien tranquillou dans ma tente, mais leur envie est communicative et nous nous mettons à la recherche du spot idéal. Nous le trouvons un peu plus tard dans une jolie clairière, une alcove dans les sapins naissants, il y a juste à ajouter quelques branchages pour se cacher un peu et aller chercher le matériel pour dormir. Mais hors de question de prendre les matelas gonflables qui risqueraient de se percer.

La nuit approche, nous commençons à entendre des oiseaux nocturnes. Nous essayons de trouver comment dormir, mais difficile de contenir l’excitation des enfants qui font tant de bruit que même les vaches n’oseraient s’approcher. Nous observons les étoiles, essayons de calmer les enfants qui n’y parviennent pas. Lucie est vraiment trop inconfortable et elle veut rentrer à la tente, je la raccompagne, je vais pouvoir dormir tranquillou dans la tente !

Au matin, Estelle nous rejoint, Léon est resté auprès du maigre feu qu’ils ont fini par allumer, sans matelas, impossible de ne pas avoir froid. Mais peu importe, ils ont vu un magnifique ciel étoilé et Léon a même vu voler un gros oiseau nocturne juste au-dessus de lui. Petite nuit, grande joie.

Lakhushdi

Nous quittons Rebecca après une deuxième nuit plus reposante et prenons la direction du petit village de ლახუშდი (Lakhushdi) cher au cœur de Rebecca qui y a passé plusieurs mois à la saison froide. Nous irons dans une auberge tenu par Davit et sa famille. Le chemin qui nous y mène est vraiment charmant dans sa première partie. Une large vallée enherbée et traversée par une joli ruisseau bordé d’arbres. Nous parlons ripisylve avec les enfants qui ont autre chose à faire qu’écouter les parents. Ce sera pour une autre fois.

La fin du trajet est bien moins sympathique, une large piste caillouteuse, des arbres arrachés, des dénivelés importants et nous arrivons transpirants dans l’auberge où nous pourrons manger et dormir. Rebecca arrivera demain et nous camperons dans le jardin quelques nuits.

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