Lakhushdi

Le village enchantant

Écrit par Marc pour le .

Nous passons quelques jours à ლახუშდი (Lakhushdi), la tente plantée dans le jardin de l’auberge à proximité de celle de Rebecca. Elle connaît bien cet endroit et tous les habitants puisqu’elle a passé plusieurs mois entre automne et hiver ici. Mais c’est maintenant la saison touristique et tout le monde est très occupé.

Nous mangeons parfois les délicieux repas préparés par la grand-mère, les enfants jouent avec les enfants de la famille, ça fait une belle ribambelle multilingue de rires et de cris. Léon se replonge dans le rubiks cube et initie Nikola qui s’illumine la première fois qu’il réussit à compléter le fameux casse-tête coloré.

Les enfants n’ont pas spécialement envie de découvrir les environs, ils ont bien assez marché ces derniers jours. Je découvre donc seul ou avec Estelle les environs qui sont absolument magnifiques. ლახუშდი est un tout petit village coincé entre deux rivières puissantes et adossé à une montagne, un plateau confetti, à l’écart de tout, difficile d’accès et peu connu.

On chante

Enfin, peu connu. Il est manifestement reconnu pour être le village chantant. Pour moi qui suis chanteur, quelle aubaine ! Il paraîtrait que tous les habitants du village font vivre des chansons traditionnelles depuis des générations et des générations. Chaque grand événement est l’occasion de les faire vivre tous ensemble. Mais malheureusement, nous ne sommes pas là au bon moment pour l’entendre et en profiter. Pas de bol. Je n’aurais même pas le temps d’aborder la question avec notre hôte, David, qui a bien des choses à faire.

Peu importe, le village et ses environs n’en sont pas moins agréables et je suis émerveillé par les points de vue spectaculaires attrapés au détour d’un chemin, par les prairies fleuries que les vaches ou les chevaux n’ont pas encore touchées, par les oiseaux et autres animaux entendus ou aperçus, par les azalées sauvages qui embaument l’air de leur parfum chaleureux.

Le noyer près de la ruine. Il en a vu passer.

Agroécologie

En hiver, l’accès au village est vraiment très compliqué. La seule route d’accès est très raide, la neige, la glace. Pas simple. Les habitants du village n’ont pas d’autre choix que d’être autonomes, comme dans beaucoup d’autres village de Svanétie. Tout le monde connaît chacun, ses forces, ses faiblesses et si l’un des habitants a besoin d’aide, les autres sont là pour aider. J’aurais vraiment aimé pouvoir discuter plus sur la façon dont se prenaient les décision ici, mais un sens aigu de la gestion des communs semble bien présent. Aussi, les habitants du village ont-ils décidé que l’agriculture sur le petit plateau serait respectueuse des sols et du vivant. Pas de pesticides, des petites parcelles, des haies partout, une nourriture saine et riches en éléments qui ont majoritairement disparu de nos assiettes européennes. Ça foisonne de vie et c’est beau.

Si j’ai bien compris, les habitants ont aussi un accès à la forêt pour pouvoir utiliser le bois pour la construction ou le chauffage. Tout ça doit se faire sous certaines règles qui sont propres au village. Des dérogations spécifiques ont été accordées à ce village du fait de sa situation particulière.

On fait une tour ?

Autour d’une pelle de sable et de quelques moellons, je discute avec David des fameuses tours svanes. Elles ne sont qu’ici et elles sont partout. C’est comme cela que l’on sait qu’on est en Svanétie. Chaque village, presque chaque maison a sa tour. Elles servaient pour conserver la nourriture et de moyen de défense en cas d’attaque.

Certaines sont là depuis plus de mille ans. Leur construction est entourée de mystères. Il en faut du savoir-faire pour construire un bâtiment qui tient plus de mille ans en bon état. On ne sait pas bien de quoi est constitué le mortier, on sait qu’il y a de la chaux, de l’œuf et d’autres trucs non identifiés. Soit. Des grosses pierres aussi, des voûtes, des murs très épais, des petites ouvertures, des mâchicoulis haut placés pour pouvoir caillasser ou canarder allègrement, des toits en lauzes ou en bois. Certaines tours n’ont plus de toit, elles tiennent toujours. L’appareillage est réalisé comme s’il s’agissait de mûr en pierre sèche, l’enduit n’est-il là que pour l’isolation thermique ?

Le vrai mystère, c’est comment nourrit-on les nombreux humains qui participent à la construction de ces tours, spécialement dans certains villages, comme უშგული (Ushguli) par exemple, dont les terres agricoles sont très peu étendues. Il faut de la nourriture pour passer l’hiver, il faut de la nourriture pour la belle saison et il faut nourrir tous les travailleurs qui ont déjà un sérieux boulot pour produire cette nourriture. Les chemins d’accès sont étroits et périlleux, l’hiver, il fait -40°C et il y a 6 mètres de neige, difficile d’envisager de l’import-export de vivres par avion.

Je ne vois pas d’autre explication que LES ALIENS !

Non, je plaisante. Mais je n’ai pas encore eu l’opportunité de trouver des explications sur la construction de ces tours.

À dada

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Léon. Et c’est justement ce jour là qu’il est possible de faire une rando à cheval. Tezo, le frère de David, est notre guide. La famille n’a pas quatre chevaux pour faire les balades, alors on demande au voisins. Nous devions partir un peu plus tôt, mais aujourd’hui, c’est aussi le jour où le vétérinaire est là pour s’occuper des pulsions un peu envahissantes des jeunes taureaux et étalons. Couic-couic. Et c’est Tezo qui s’occupe d’organiser tout ça. Les bêtes se promènent habituellement en liberté, notamment dans les prairies alentour, mais les rues du village sont étroites et si par malheur on se retrouve entre un mâle et la femelle qu’il convoite, on risque de finir en chair à saucisse. Donc, couic-couic.

Une fois les chevaux et le guide présents, nous montons sur nos selles. Depuis que nous sommes en voyage, nous rêvons de ce moment, particulièrement les enfants. Nous voilà partis pour une randonnée de quatre heures absolument magnifique qui nous emmène de l’autre côté de la vallée, offrant une vue spectaculaire sur la montagne et le village. Estelle a déjà monté, elle s’en sort très bien. Léon a déjà fait quelques balades à cheval, on a l’impression qu’il est né sur un cheval, Lucie a même pris des leçons d’équitation, elle aime vraiment les chevaux mais là, elle est sur un grand cheval, aucun problème pour elle. Quant à moi, la dernière fois que j’ai fait du dada, c’était il y a plus de 20 ans. Disons que je m’en sors pas mal.

Nous nous sentons chanceux de pouvoir faire cette randonnée dans ces conditions et il semble bien que ce soit l’endroit idéal pour le faire. Cette famille et Tezo en particulier, prend soin des bêtes, ce n’est pas le cas de tous. L’expérience pourrait très mal tourner, particulièrement pour les enfants, si notre guide n’était pas attentif au bien-être des chevaux par exemple.

La jument que monte Léon est accompagnée de son poulain et le chien de la maison nous suit également. Une fois de retour, Tezo libère la jument et le poulain, ils ont fini le travail et ont besoin de repos. Il les laisse partir dans le village, qu’ils aillent où bon leur semble, on les retrouvera dans trois semaines.

Ski svan

Tezo, il est vraiment trop fort. C’est le champion de ski de Svanétie. Enfin, du ski un peu particulier qui se pratique ici. Les Lukhmeds. Un bout de hêtre, une plaque de métal, une anse en noisetier pour pouvoir tenir comme sur des échasses en boîte de conserve quand j’étais petit et vas-y dans la pente à toute vitesse. Ça semble assez périlleux et peu maniable, pourtant, certains y arrivent. Tezo a gagné la compétition 2026 organisée à მესტია (Mestia) par une marque de boisson gazeuse très sucrée qui organise des événements sportifs hors du commun.

Je vous mets quelques liens vers des plateformes qui risquent d’aspirer vos données personnelles ci-dessous pour découvrir :


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