Ushguli

Tourisme d'espace

Écrit par Marc pour le .

Soit, nous n’irons pas à უშგული (Ushguli) à pieds mais rien ne nous empêche d’y aller tout de même. Ça signifie trouver un taxi, qui va pratiquer des prix de taxi pour un endroit où tout le monde veut aller. Ou alors, demander à Sara et Lucrecia, deux sympathiques italiennes qui sont arrivées hier et qui y vont aussi avec leur petite voiture de location. Si nos bagages et nos corps rentrent dedans, ça le fera bien. Et ça le fait.

Elles ont crevé hier et se sont aperçu qu’elles n’avaient pas de roue de secours. Elles ont été dépannée par Levan, le père de David et ont pu aller faire réparer la roue à Mestia. Durant le trajet, Léon qui avait la fenêtre ouverte s’aperçoit qu’un boulon s’est échappée d’une roue. Il nous alerte, nous stoppons, nous allons à la recherche du fameux boulon, il le retrouve. Une tige filetée avec un écrou simple. Oui, c’est ainsi que sont tenues les roues de la voiture de ces dames. Nous leur conseillons de bien les resserrer avant d’entreprendre la descente du col après უშგული…

Consommation de tradition

Nous voilà au plus haut village habité d’Europe. Bon, Europe ou pas Europe ? Ils ont un peu le postérieur entre deux continents les Géorgiens, mais là, ça l’est arrange d’être européens, alors, plus haut village habité toute l’année d’Europe. Soit.

Flanqué dans un pli de montagne, le village est austère et on lit la rudesse du climat dans l’architecture. Des tours en pierres sombres, des murs très épais, de toutes petites ouvertures, des chemins étroits et boueux où évoluent les vaches qui rejoignent leur étable le soir et partout, des panneaux Gesthouse, Restaurant, Cafe. Des touristes à foison qui arrivent par vague, mitraillent, vont jusqu’au glacier et repartent dans la journée ou le lendemain.

Je ressens un fort malaise, à peine arrivé, me voilà déjà dégoûté de l’endroit. Je me souviens des mots de Rudi, le petit fils de Miran et Marta en Slovénie : “spoiled by tourism” gâté, pourri par le tourisme. Des hôtels ont poussé pour accueillir l’afflux des visiteurs, ils ne sont ouverts que l’été. Des hommes interpellent les passants : Taxi ? Restaurant ? Guesthouse ?

Cependant la plupart des bâtiments sont les maisons traditionnelles, certaines sont rénovées pour accueillir, d’autres ont toujours leur usage original.

J’ai besoin de m’écarter, de trouver l’endroit où l’on va dormir. Nous explorons un peu et finissons par dégoter un espace plat à l’écart du village et en dehors du chemin des 4x4 qui vont vers le glacier. Entourés de montagnes.

Fort heureusement, mon malaise va disparaître les jours suivants et je pourrai pleinement profiter des lieux qui sont absolument magnifiques.

Cinéma

À უშგული il y a un cinéma. Quatre fois par jour est projeté un unique film : Dede. On peut également voir ce film à Mestia et c’est d’ailleurs là que nous l’avons vu, Estelle et moi.

Si ce film est projeté depuis 7 ans dans ces deux endroits c’est que la réalisatrice est native du village, elle a réalisé un film absolument magnifique et bouleversant sur le poids des traditions locales, notamment sur les femmes. Dede signifie grand-mère en géorgien et le scénario est certainement basé sur l’histoire de sa propre grand-mère.

Le film a été tourné en pellicule avec des habitants du village. Seul un ou deux des acteurs étaient professionnels. Je ne pensais pas qu’il était possible de faire un film de cette qualité avec aussi peu de moyens et si peu de professionnels. Apparemment je ne suis pas le seul vu la ribambelle de prix qu’il a récoltée dans les festivals internationaux.

En passant devant le petit cinéma, nous discutons avec les personnes présentes qui sont en train de préparer la saison. Nous leur disons que nous avons déjà vu le film et qu’il nous a beaucoup plu. Nous sommes en présence d’un des acteurs principaux et du mari de la réalisatrice qui est dans le village. Tout le monde bricole pour préparer le lieu à l’accueil des spectateurs.

Nous vous conseillons fortement de découvrir ce film !

Quadrupèdes

Nous sommes bien vites rejoints par Rebecca, Bluejay et Journey qui plantent leur tente à proximité de la nôtre. Nous profitons d’être dans un endroit si impressionnant. Notre camp fait face à un versant de la montagne où folâtrent les chevaux et paissent les vaches. On voit les jeunes taureaux commencer à gratter le sol et à se battre, le jeunes étalons poursuivre les juments.

Un matin, nous pouvons même faire un cours de sciences naturelles de la reproduction équine assez détaillé puisque un étalon poursuit une jument qui rue et lui envoie de violents coups de sabots dans le torse. Impressionnant, d’autant que c’est juste à côté des tentes. Les enfants sont réfugiés dans la voiture tandis que j’essaie tant bien que mal d’écarter les fougueux animaux de la zone de camping sans trop m’approcher.

Choisir le versant

Malgré la première impression, nous passons un très bon moment ici. Nous trouvons nos marques, les adresses où les prix ne sont pas exorbitants, nous rencontrons aussi Diana, une allemande qui habite ici et propose des massages. Nous visitons également une maison familiale transformée en musée, nous permettant de découvrir les objets de la vie quotidienne de Svanétie au temps passé. Les balades alentours font également mon bonheur, le mont au dessus du village ou la balade du glacier que nous ferons tous ensemble.


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