Nous quittons notre lieu de camp et traversons à nouveau ტამბოვკა (Tombovka) pour aller rejoindre la route principale qui nous permettra de boucler le tour du lac de Paravani.
La traversée du village par son unique rue nous interpelle à nouveau. Les maisons trapues au toit végétalisé, l’asphalte impeccable, le camion type utilitaire qui s’arrête devant chaque maison pour récupérer le lait du jour, les rives du lac et le cerfeuil sauvage qui déborde de tous les morceaux de terre qui ne sont pas cultivés ou tondus.
À la sortie du village, l’asphalte s’arrête brutalement pour laisser place à une piste qui rejoint la route plus loin. La politique de rénovation des routes est bien mystérieuse en Géorgie. L’aménagement du territoire doit suivre une logique qui nous échappe encore. La fragmentation du réseau routier est-elle le reflet d’une fragmentation de compétences et de responsabilités ? D’allocation budgétaire ? De clientélisme ou d’influence locale ? Mystère. Encore des questions qui n’ont pas de réponses pour le moment.
Paravani
Nous voilà à nouveau sur la route. Nous sommes passés ici dans le minibus de Giorgi et nous allons enfin pouvoir goûter le paysage majestueux à notre rythme. Car la vue est la même, mais notre mode de transport nous permet de déguster le panorama spectaculaire qu’offre cette section. Le grand lac, la chaîne des vieux volcans aux sommets encore parsemés de neige, la steppe qui laisse apparaître comme quelques éruptions cutanées, petites tâches de culture, champs immenses de patates ou de céréales qui nous paraissent d’infimes prurits sur cette terre verte qui semble sans fin.
Nous nous arrêtons au village de ფარავანი (Paravani), passant devant les mâchoires de ce qui est très certainement une déneigeuse rendue temporairement inutile. Nous laissons là nos vélos pour aller explorer le village et découvrir sa vieille église ainsi que les ruines d’un caravansérail. Les ruelles de terre sont parfois parsemées de blocs impressionnants d’obsidienne délimitant une parcelle ou un jardin.
Encore des bâtiments aux toits végétalisés, maisons, bergeries, ouvertures minuscules et peau épaisse pour survivre à la rudesse de l’hiver.
La vieille église est restaurée et est gardée par un magnifique bélier sculpté dans la pierre. Les voûtes effondrées du caravansérail nous incitent à être prudents et à ne pas entrer dans l’enceinte des ruines…
Français en force
Lorsque nous rejoignons nos vélos, nous découvrons un cycliste intrigué par nos montures. C’est Emmanuel. Il est parti de Vendée et rejoint Katmandu. Quelques minutes de discussion et il décide de rebrousser chemin sur quelques kilomètres pour se joindre à notre repas à ფოკა (Poka). Emmanuel, ancien professeur de sport, est très actif dans l’association Pomme Cannelle et a participé à lever des fonds pour la création d’infrastructures à destination des enfants népalais. Il va symboliquement apporter le chèque en personne et à vélo à Katmandu. Il porte avec lui des petits cœurs en céramique ainsi que des messages à offrir au cours de son voyage. Ce sont les enfants de son école qui ont fait ces cœurs et ont inscrit à qui ils souhaitaient qu’Emmanuel les offre tout au long de son voyage : à une personne seule, à un chinois, à lancer dans la mer Noire, à quelqu’un qui prend le train…
Nous installons tous nos vélos devant le petit restaurant où nous nous asseyons et après quelques temps de repas et d’échanges, nous voyons arriver un autre cycliste intrigué par nos montures que nous invitons à partager le café. C’est Léo qui voyage vers l’Asie aussi. Léo a déjà publié un magnifique ouvrage de poésie et il s’est lancé avec ce voyage dans l’écriture d’un livre que nous avons hâte de découvrir.
Les échanges sont particulièrement intéressants et sympathiques et nous décidons tous de passer la soirée ensemble au bord du lac pour les poursuivre.
Un sac-oche-à-dos
Emmanuel, en préparant son voyage, a conçu des sacoches de vélo qu’il peut transformer en sa-à-dos afin de faciliter les transitions entre voyage à vélo, marche et transports qu’il envisageait. Il a confié son prototype en carton à deux étudiantes en design et la réalisation à un couple de tapissiers de Vendée et le voilà avec le prototype de ses sacoches franchement très confortables à porter sur le dos. Excellent !