Nous quittons ფოკა (Poka) et longeons la très jolie rivière qui s’écoule du lac de Paravani et qui s’appelle, eh bien… Paravani.
Nous reprenons la route et avons besoin de se refaire les jambes et les bras. Oui, les bras. Car lorsqu’il faut pousser les vélos quand le dénivelé est trop important, les bras et les épaules forcent. Après chaque longue pause, il y a donc une période de réadaptation. Ainsi, nous sentons que nos muscles ne sont plus habitués à tracter nos lourds vélos. Mais nous savons aussi que c’est l’histoire de quelques jours.
En quittant ფოკა, nous quittons également ses religieuses qui font des produits exceptionnels et les vendent dans le magnifique petit magasin du monastère au centre du village. Des fromages affinés à faire frémir un Français en manque, des chocolats à faire vibrer de plaisir un amateur de Cresno, des tisanes fabuleuses…
L’histoire de ce monastère nous avait été rapportée ainsi :
La région, que l’on nomme petite Sibérie à cause de son climat très dur, est habitée très majoritairement par des Arméniens. Aussi, les Arméniens peuvent-ils se vanter d’être plus résistants et forts que les Géorgiens. Ça n’a pas été du goût de tout le monde, alors l’église géorgienne a décidé d’installer des monastères dans cette région. Les gens sont morts. Jusqu’au moment où des religieuses ont réussi non seulement à survivre, mais à créer de très bons produits et à les vendre. D’autres ont pu suivre leur exemple et s’installer aussi.
Les religieuses expliquent elles-mêmes qu’elles importaient des fèves de cacao pour se nourrir durant l’hiver pour les différents nutriments et bienfaits. Elles se sont ensuite mises à produire du chocolat.
À l’assaut des étoiles
Nous souhaitons poursuivre l’exploration de cette belle région. Car la suite du voyage nous emmène vers la Turquie. Mais nous souhaitons retarder un peu notre retour en Anatolie, car si le début de l’itinéraire que nous avons prévu se situe dans les hautes montagnes, nous devrions atteindre assez rapidement la mer Méditerranée et la chaleur risque d’être insupportable en été.
Nous avons et prenons donc notre temps.
Nous avons en ligne de mire la petite ville de აბასთუმანი (Abastumani) où, parait-il, nous pourrons visiter l’observatoire et admirer les étoiles dans une visite nocturne. Voilà de quoi motiver tout le monde !
Chi va piano
Nous faisons donc de toutes petites étapes. Pour prendre le temps et pour se remettre tranquillement dans le mouvement. La première nous mène au lac suivant, le lac de საღამო (Saghamo). Un bon gros 16km ! Nous posons la tente à l’écart de la route dans un écrin de verdure.
Nous avons rencontré durant cette petite étape un couple de cyclistes suisses germanophones. Nous échangeons en anglais. Lucie a très envie de papoter avec la cycliste et nous l’entendons donc échanger sans aucune difficulté, raconter des histoires avec son anglais limité mais si naturel. Quel plaisir de l’entendre ainsi oser et pouvoir discuter sans problème dans une langue qui n’est pas la sienne mais qui va sans doute lui servir toute sa vie. Elle n’a pas le mot ? Qu’importe, elle trouve un autre moyen de dire ce qu’elle a à dire. Elle n’a pas la bonne forme grammaticale ou l’expression idiomatique appropriée ? Qu’importe, elle l’apprendra plus tard et elle se fait très bien comprendre. Elle comprend également parfaitement tout ce que dit son interlocutrice.
Juste pour la blague
Le lendemain, nous nous dirigeons vers ნინოწმინდა (Ninotsminda). Nous croisons de nombreux cyclistes, allemands, hollandais, puis Nora, une cycliste française. Nous discutons un bout de temps avec elle. Elle nous explique que Lucas et Jaime suivent derrière car ils faisaient les courses et qu’elle souhaitait prendre un peu d’avance sur cette étape. Alors, lorsque nous croisons deux cyclistes plus tard, Léon fait mine d’être étonné : “Mais, c’est Lucas et Jaime !”, puis c’est au tour d’Estelle d’en rajouter une couche quelques secondes plus tard, “Oh ! Lucas ! Jaime”. L’effet est saisissant et tout le monde rit de bon cœur lorsque nous expliquons que nous faisions semblant de les connaître et que nous avons croisé et discuté avec Nora juste avant.
Notre étape du jour se termine à ნინოწმინდა où nous nous arrêtons une deuxième fois. La première était presqu’un an auparavant lorsque nous étions allés en Arménie.
Nous dormons dans un maison d’hôtes afin de faire des machines à laver et de prendre une bonne douche. La ville est un carrefour. Soit nous allons à droite et nous prenons la direction prévue, soit nous allons à gauche et nous allons refaire un tour en Arménie, faire coucou à Artush et découvrir le lac Arpi que nous n’avions pas vu la dernière fois…