Arpi

Datcha sur la route de l'Arménie

Écrit par Marc pour le .

Avant de quitter Ninotsminda, nous prenons un café et voyons débarquer Sylvain et Charline qui nous rejoignent. Ils reviennent des fameux pays en “stan” dont nous parlent tous les cyclistes que nous croisons en Géorgie. Ils nous racontent quelques bribes de leur voyage et nous nous en régalons. Sylvain nous explique comment le passage des frontières est plus compliqué pour lui qui ressemble à un Afghan et qui a bien souvent un traitement de faveur, en l’espèce d’un long interrogatoire pour savoir s’il est vraiment vraiment français. Voilà une épreuve que nous n’avons pas à vivre avec nos enfants blonds aux yeux bleus.

Avec Charline et Sylvain

En regardant leurs vélos, mes yeux tombent sur leurs béquilles. Une branche de bois écorcée en “Y” qu’ils installent sous le cadre à l’endroit où le tube de selle rejoint la diagonale qui part vers le moyeu arrière. Redoutablement simple, efficace et low-tech au possible. La stabilité est même bien meilleure qu’avec une canne de marche sous la selle, cette canne qui a d’ailleurs fini par casser pour moi, je n’ai donc plus de béquille. Je me sens stupide de ne jamais y avoir pensé, mais surtout rempli de gratitude que j’exprime en me réjouissant de retrouver bientôt une béquille pour tenir mon vélo.

Un petit tour en Arménie

Nous avons opté pour aller faire une petite virée en Arménie. Nous prenons donc la route du sud qui grimpe tranquillement jusqu’à la frontière. Nous la connaissons, l’ayant empruntée l’an dernier. Mais nous allons encore moins vite ! Nous décidons de nous arrêter après quelques kilomètres et tentons de trouver une place pour poser la tente à proximité d’une rivière.

Nous quittons la route principale et nous enfonçons dans un bosquet de pins où nous sommes accueillis par une famille qui finit un festin et nous invite à se joindre à eux. Ils nous installent autour d’une table abritée comme on en trouve partout en Géorgie, ils étaient en train de ranger, ils disposent devant nous des assiettes avec les mets qu’ils partageaient, viandes grillées, pains, légumes lactofermentés… Cette famille, comme la plupart des habitants de la région est arménienne. Ils nous laissent devant nos assiettes et s’excusent de devoir partir. Sérieusement ?

Datcha

Sur notre carte est indiquée une datcha-musée à une courte distance de notre spot de bivouac. Elle n’est indiquée que sur OpenStreetMap, la cartographie communautaire et ouverte, et donc toutes les applications qui utilisent ces données dont coMaps, celle que nous utilisons. Nous décidons d’aller y faire un tour le lendemain.

La datcha au toit végétalisé
La petite porte de la datcha

La maison est entourée d’un mur de pierres de taille qui renferme un jardin et un cimetière. Elle a appartenu, selon les maigres informations que j’ai pu trouver, à la famille du gouverneur russe de la région au XIXè siècle. C’est donc sans doute le domaine d’une famille plutôt aisée. Elle est dans un état remarquable de conservation.

Nous ouvrons le portail, puis les portes de la maison qui ne sont fermées que par un loquet extérieur. Les murs sont très épais, en pierre de taille, enduits à l’intérieur. Nous observons avec les enfants les ouvertures, toute petites à l’extérieur et évasées à l’intérieur. Les enfants comprennent d’eux même que ces détails architecturaux permettent de se protéger du froid mais d’augmenter la quantité de lumière qui entre dans les pièces qui sont petites et basses de plafond.

Ce n’est clairement pas un palace et l’on comprend que ce ne doit pas être de tout repos de gouverner la région à cette époque.

Le toit est couvert de terre végétalisée comme beaucoup d’autres bâtiments de la région. Un excellent moyen encore de se protéger des températures extrêmes. C’est certes plus de boulot et d’entretien que de la laine de roche, mais c’est aussi complètement local, low-tech et bien plus efficace pour le déphasage thermique et l’isolation. Encore un savoir qu’il serait bon de conserver.

Tous aux abris

Le temps est menaçant. Les nuages noirs s’amoncellent et nous comprenons que nous ne devons pas traîner ou bien trouver un lieu pour s’abriter avant de se faire détremper par la pluie qui s’annonce doucement mais sûrement.

Nous choisissons l’option on fonce, on verra bien et filons vers le lac de Madatapa, juste avant la frontière.

Lorsque nous arrivons, nous avons juste le temps de mettre nos vélos à l’abri du l’observatoire ornithologique avant que l’orage n’éclate et que la pluie ne se mette à tomber dru. Il y a pile la place pour mettre notre tente à l’intérieur de la cabane sur pattes et c’est ce que nous faisons. Le vent est redoutable et la pluie glaciale.

Le matin nous laisse admirer le décollage féerique des dizaines de pélicans qui rasent la surface de l’eau redevenue lisse.

Notre tente dans l'observatoire ornithologique

De lac en lac

Nous passons la frontière sans aucun problème, le douanier a manifestement passé de très bonnes vacances dernièrement en France et nous accueille joyeusement en Arménie après avoir demandé l’ouverture d’un ou deux sacs, histoire de.

Nous connaissons les endroits que nous traversons, nous retrouvons le petit bout de tuyau de la fontaine de Բավրա (Bavra) qui permet de transformer le jet vertical destiné à boire en jet horizontal destiné à remplir les gourdes.

Léon et le mont Aragats sous un portique métallique proche de la frontière

Nous quittons cependant la route principale connue pour prendre les pistes en direction du lac Arpi. La large vallée est bordée de villages qui se situent entre 2000 et 2100 mètres d’altitude. Le paysage laisse une impression brute. Tout est paisible, mais il est clair que les éléments ici sont les maîtres et appellent à l’humilité. Comme un océan paisible force le respect du skipper aguerri.

Nous arrivons sur les rives du lac après un passage au bureau d’enregistrement de la réserve naturelle. Nous trouvons un endroit idéal pour poser notre tente face à cette étendue d’eau de montagne majestueuse. Un barrage a été construit dans les années 50 qui régule le niveau d’eau et de nombreuses espèces menacées vivent ici. Le lac est inscrit depuis 1993 sur la liste des zones humides d’importance internationale. Deux îles sont les lieux de nidifications d’oiseaux blancs trop éloignés pour que nous les identifions, goélands ?

C’est beau.

L'orage approche sur la piste en direction du lac Arpi


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