Vardaghbyur

Pour revoir Artush

Écrit par Marc pour le .

Quitter le lac Arpi s’annonce bien plus vallonné que ce que j’avais estimé. Mais que la route est belle ! Nous avons le temps de l’admirer en poussant nos vélos sur la piste et sous le soleil.

Mais vaille que vaille, nous arrivons en haut. Nous prenons juste le temps dans les côtes. Soit à pieds, soit en roulant entre 4 et 5km/h pour ma part. C’est un apprentissage de rouler lentement, d’accepter de ne pas aller vite et de ne pas s’épuiser pour tenir la distance. C’est assez insupportable pour les enfants qui préfèrent pousser fort sur les pédales et faire des pauses régulières. Je choisis l’option petit plateau grand pignon et pédaler tranquillement. Ce qui n’empêche pas de faire les pauses régulières, mais des pauses très courtes, 10 ou 15 secondes.

Le paysage est vraiment magnifique et me laisse une impression unique.

La descente est plus aisée que la montée et une fois au col (2200m tout de même), nous pouvons filer vers la petite ville de Ամասիա (Amasia) où nous trouvons quelques victuailles pour un repas qui se fait dans le joli parc, un peu à l’abri des jeux pours enfants lorsque la pluie s’invite.

Petite étape, mais déjà bien assez pour nous, nous ne sommes toujours pas pressés !

Nous plongeons dans le canyon et trouvons un endroit idyllique pour passer la nuit, oasis dans cet environnement aride. L’accès n’est pas évident puisqu’il faut tout d’abord rouler sur un terre-plein qui couvre une canalisation d’eau, puis descendre un petit sentier sans les vélos, laissés sur la canalisation. Mais l’endroit est une petite clairière ombragée et encerclée par un ruisseau et la rivière. L’herbe est épaisse et confortable, les fleurs de prairies magnifiques et la baignade délicieuse.

Thé filmé

Sortir du canyon s’avère plus simple que ce qu’il nous semblait la veille. Certes ça monte, mais les enfants sont pleins d’énergie et avalent la côte comme de la purée. La glissière de sécurité sert très certainement de garde-manger à un animal qui semble s’en servir comme d’un séchoir solaire car nous voyons des insectes morts savamment disposés à interval régulier.

Le plateau, route longiligne traversée par un troupeau de moutons. Peut-être est-ce le troupeau que nous avions croisé l’an dernier.

Arrive le village de Ցողամարգ (Tsoghamarg) qui n’est séparé de notre objectif du jour que par un sérieux col qui patiente encore le temps d’une pause.

Une femme s’approche avec son vélo et nous invite à boire un thé ou un café. Nous la suivons et sommes accueillis dans une petite pièce très charmante. Elle tient une chambre d’hôtes qu’elle nous fait visiter, il y a même un sauna et un jacuzzi. Elle prend beaucoup de photos et de vidéos de notre famille à destination des réseaux sociaux. Elle nous montre d’autres vidéos d’autres personnes de passage dans son établissement. Ses parents semblent accepter et pourtant douter que c’est ainsi que l’on peut se faire connaître maintenant. Les enfants sont trop heureux de dévorer quelques gâteaux et de sauter dans le trampoline avant de reprendre la route.

Grosse bosse

Nous reprenons. Quelle idée de faire une pause juste avant une grosse côte. Nous savons pourtant bien que Lucie a du mal à reprendre après un arrêt trop long et que c’est une épreuve pour elle. Mais nous savons aussi qu’elle en est capable et qu’elle parvient au sommet. Il suffit d’être patients. Nous savons tous qu’une fois en haut, tout le monde est content, d’autant que nous allons vers l’hôtel-restaurant de notre copain Artush rencontré l’an dernier sur cette même bosse.

Artush a longtemps vécu en Suisse et est revenu s’installer en Arménie. Il parle très bien français en plus de l’anglais, du russe et de l’arménien. Il a ouvert un excellent restaurant à Գյումրի (Gyumri) puis cet hôtel à Վարդաղբյուր (Vardaghbyur) dans l’espoir de créer de l’activité dans cette région peu connue et pourtant très passante.

Nous sommes donc ravis d’arriver et de pouvoir mettre les pieds sous la table en récompense de nos efforts car nous savons que les produits servis ici sont excellents ! Artush ne rentre que tard le soir et nous posons notre tente dans le jardin de l’hôtel avec une pointe d’amusement et de l’empressement car l’orage approche.

Les enfants vont vite se réfugier à l’intérieur du restaurant alors qu’Estelle et moi restons dans la tente sous la pluie qui devient grêle. Le bruit est assourdissant entre les grêlons qui frappent la toile de tente et le tonnerre tout proche.

L’orage s’éloigne enfin, nous entendons alors les déflagrations du canon anti-grêle qui s’y est mis un peu trop tard. Nous sommes à nouveau heureux d’avoir choisi cette tente qui, malgré les deux grosses années de service et les multiples balafres, continue de nous protéger des éléments avec une efficacité remarquable. Certes, elle est abîmée, certes, une des portes ne s’ouvre plus, certes, il est temps d’en changer, mais elle tient le coup !

Petit-déjeuner royal

Nous retrouvons Artush autour du petit-déjeuner de l’hôtel le lendemain. Enfin, “petit” déjeuner, buffet de fruits, de crudités, de fromages, des pains et brioches, de confitures et miels et de divers mets tous délicieux et choisis avec soin. Tout le monde est ravi, adultes comme enfants.

Dans l’hôtel réside un groupe de naturalistes. Chercheurs, doctorants et étudiants, ils sont là pour faire des relevés de chauve-souris et d’oiseaux dans la région pour faire le suivi des populations. Nous décidons de leur offrir notre iPad qu’ils acceptent avec grande joie. Nous avions en effet acheté cette tablette d’occasion en pensant que cela nous aiderait pour les temps d’étude. Il s’avère que nos enfants préfèrent le papier. Elle est donc devenue inutile et je sais qu’il serait bien compliqué de trouver un acquéreur sur notre route. Nous sommes donc ravis qu’elle serve à des travaux de recherche sur un sujet qui nous passionne également. On nous a tant donné durant notre voyage, à notre tour de faire un petit geste.

Détour par Gyumri

Artush m’emmène à Գյումրի où nous passons la journée à sillonner la ville pour trouver un réparateur de vélo pour moi (rayons cassés, encore) et faire de nombreuses courses pour le restaurant et l’hôtel. Cela nous donne l’occasion de discuter et c’est fort agréable. Je peux lui poser plein de questions sur l’Arménie, la région, la langue, l’alphabet, etc. Nous n’avons clairement pas le temps de couvrir tous les sujets, mais c’est un bon début, et en plus en français !

Le réparateur de rayons est assis sur ses jambes. Les deux pieds au sol, les jambes pliées, il passe sans doute toute sa journée dans cette position que j’utilise également, mais moins durablement. Il ne prend pas la peine de démonter ma cassette pour changer le rayon, il le tord un peu, l’emboîte par le trou, le fait passer entre les autres rayons, le visse et remet la chambre-à-air et le pneu. Ma roue est à nouveau fonctionnelle… jusqu’à la prochaine casse.

Je trouve aussi dans cette petite échoppe une chambre-à-air 22 pouces. Car oui, le vélo de Lucie a des roues 22 pouces. Mais quelle idée j’ai eu d’acheter ce vélo l’an dernier en Arménie. Non pas qu’il ne soit pas bien, mais personne ne vend des pneus ou des chambre-à-air 22 pouces. Et si c’est le cas, ce n’est pas le même 22 pouces. Ah oui, car j’ai acheté des super pneus Schwalbe 22 pouces pour le vélo de Lucie eh bien ce n’est pas la bonne taille. Alors, je traîne dans mon sac-à-dos des pneus 22 pouces et des chambre-à-air 22 pouces que j’ai payé fort cher, que je ne peux pas renvoyer au magasin car livré en Géorgie, que je ne peux pas utiliser pour les roues 22 pouces de Lucie et dont personne ne veut vraiment puisque personne n’a de roues 22 pouces. 22 pouces par-ci, 22 pouces par-là, vous avez marre de lire 22 pouces, imaginez, mon agacement avec tous ces 22 pouces qui ne servent à rien ! Je n’ai qu’une envie, c’est de m’en débarrasser ! Ras-le-pompon !

Invités d’honneur

À notre retour, nous sommes invités par le patron à partager le repas du soir avec lui et c’est un moment fort agréable. Nous avons une facilité étonnante à échanger avec Artush, comme un lien ténu mais bien vivant au-delà des mots et du mode de vie. Nous sommes ravis d’être venus jusqu’ici pour le retrouver.

Artush connaît beaucoup de monde et je lui laisse avec soulagement mon gros sac-à-dos de randonnée avec les pneus et les chambre-à-air (22 pouces). Il saura trouver quelqu’un à qui ça servira. Voilà des kilogrammes et de l’encombrement dont je suis ravi de me débarrasser. Nous repartons donc allégés d’objets et de soucis.


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