Après quelques courses et démarches administratives, nous quittons ახალქალაქი (Akhalkalaki) pour prendre la direction de ვარძია (Vardzia), lieu incontournable du tourisme en Géorgie. Le genre d’endroits que nous évitons en général, mais nous sommes juste à côté, ce serait dommage de le louper.
Nous décidons de prendre un itinéraire bis car nous connaissons un peu la route qui y mène et préférons l’éviter. Alors, direction la Turquie ! Mais pour quelques kilomètres seulement.
C’est fou, la route qui mène vers la frontière turque est une piste dans un état déplorable. Ça nous arrange un peu car cela force les conducteurs à rouler à peine plus vite que nous pour éviter les trous. Le vent pousse la poussière qu’ils soulèvent et nous évite ainsi d’en avoir plein le nez, les conditions sont plus agréables.
Arrivés au village de ვაჩიანი (Vachiani), nous quittons cette route pour nous enfoncer un peu dans la campagne. Il est déjà tard car nous sommes partis tard de la ville. Nous trouvons un pré propice à poser la tente. La vue est splendide sur ce plateau agricole entouré de hautes montagnes. Le temps est délicieux et autour, tout est calme.
Route impeccable
La toute petite route que nous avons prise et que nous suivons le lendemain est dans un état impeccable. Je me demande si ce n’est pas une des plus belles routes que nous avons empruntées en Géorgie. Je parle ici de l’état du revêtement. C’est sidérant car la route ne fait que relier de tout petits villages de campagne. Toujours est-il qu’il est aisé de rouler sur ce qui me fait penser à une piste cyclable d’Autriche tant nous sommes seuls sur cette route impeccable. Je ne cesse de m’interroger sur la raison pour laquelle cet axe mineur est bien mieux traité que l’axe principal qui permet de rejoindre la Turquie. Et pourquoi cette route en particulier ? Car des routes mineures en mauvais état, ce n’est pas ce qui manque dans la région…
Je penche pour la proximité avec un lieu touristique et me dis que peut-être cet itinéraire sera-t-il mis en valeur un jour ou fait-il partie d’un tour plus grand.
Nous voilà arrivés au bord du plateau comme on arriverait au bord du Disque-Monde dans un livre de Pratchett. Car ça plonge ! Nous sommes faces à un paysage qui me laisse bouche-bée. La vue est fantastique à tel point que je me demande si nous n’allons pas croiser les éléphants imaginés par l’auteur cité ci-dessus. Le point de vue est spectaculaire, cette rivière qui serpente entre des parois boisées, la vue sur l’ensemble troglodyte que nous avons prévu de visiter. Je suis sans voix.
Ce qui n’est pas le cas de Lucie qui hurle lorsqu’elle découvre l’état de la piste que nous devons maintenant prendre pour descendre vers le fond du canyon. Nous nous attendions à nous la couler douce en descendant tranquillement et voilà que nous devons luter pour éviter de tomber avec nos lourds vélos dans les ornières pleines de cailloux et de poussière.
Lucie finit par se ressaisir et file avec son frère tandis qu’Estelle et moi peinons à progresser, qui à pieds, qui sur nos selles ou en danseuse, mais toujours très doucement. La route en lacets est longue et épuisante si bien que nous arrivons exténués en bas. Mais entiers.
Nous trouvons une place agréable à l’écart pour nous installer, nous baigner et nous reposer un peu. Nous irons visiter le site touristique demain.
Glouglou
Nous sommes vraiment juste à côté de la rivière.
Durant la nuit, je suis réveillé par un bruit. Je sors de la tente et je m’aperçoit que le niveau de l’eau monte. Que faut-il faire ? Nous avons l’habitude d’observer les bords de rivière avant de nous installer et je n’ai pas décelé de signe de grosse crue tel que des traces d’eau et de vase sur les troncs ou des déchets plastique dans les branches des buissons alentour. Je vote avec moi-même à l’unanimité pour la confiance et retourne me coucher.
Au matin, l’eau a bien monté mais n’a pas atteint le tente. Et c’est heureux. Mais elle est à quelques dizaines de centimètres. Ouf ! Peut-être est-il sage de se déplacer, d’autant que de la pluie est annoncée durant la soirée. Nous plions donc le camp avant d’aller visiter le site troglodyte. Nous voulons y être à l’ouverture histoire de pouvoir visiter tranquillement.
Palace à hirondelles
Oui alors, tranquilles, absolument pas. En fait TOUS les touristes de Géorgie font exactement le même raisonnement que nous. Alors nous sommes simplement des touristes entourés de touristes qui font la queue. Les marchrutka arrivent encore, des bus entiers en provenance de Tbilisi ou d’ailleurs, en tout cas, il y a du monde.
Une fois nos billets en main, nous montons comme tout le monde et démarrons la visite du gruyère de pierre, mais avec des trous partout. Par conséquent, il s’agit plutôt d’un emmental de pierre puisque le gruyère n’a pas de trou, mais ça sonne moins bien.
On dit que le complexe fortifié peut accueillir 5000 personnes et compte 360 pièces, une par jour. On dit aussi que c’est la reine Tamar qui a donné son nom au lieu. La reine Tamar est l’une des plus grandes reines de Géorgie, elle était tellement bien qu’on l’appelait Tamar le roi parce-qu’elle gouvernait comme un roi. Ça pique un peu, non ?
Il y a ici des hirondelles partout. Hirondelles de roche, de fenêtres, rustiques, c’est la fête !
Ici vivent également des moines et une église orthodoxe est taillée dans la roche. Elle est impressionnante et en la contournant, on accède à une source bien gardée mais dont on peut goûter l’eau grace à un distributeur. Apportez vos verres ou vos récipients.
Il y a des françaiiiiiiis
Lors de la visite de l’impressionnant complexe, nous croisons Gabrielle et sa mère Lise-Marie qui le visitent aussi. Les enfants partent tout de suite en jeux alors que la discussion entre adultes s’étend un peu dans le temps. Elles voyagent avec Yoann et Augustin en van qui est garé en face, de l’autre côté de la rivière. Alors Gabrielle décide d’annoncer à son père et son frère qu’elles ont rencontré des français en criant par dessus la rambarde, la rivière et atteindre les oreilles françaises 400m plus loin à vol d’oiseau.
Nous décidons de nous retrouver pour partager un repas et rejoignons nos vélos que nous montons à côté de leur van.
Nous partageons un pique-nique lorsqu’un minibus s’arrête à proximité. Une douzaines de touristes chinois en sort pour admirer la vue et certains commencent à nous aborder. Nous échangeons avec plaisir en anglais sur nos modes de voyage et nous amusons d’être filmés sous toutes les coutures. La touriste anglophone est émerveillée lorsque nous lui disons que nous faisons un pique-nique et elle le dit à ses compagnons de route qui s’émerveillent à leur tour. Nous percevons les différences radicales de cultures et je m’amuse à me projeter dans la position opposée.
Nos nouveaux copains vont dormir plus loin cette nuit mais nous plantons la tente sur place, bien plus haut que la nuit précédente. Nous ne serons pas réveillés par l’éventuelle crue, ou alors il va falloir que la rivière monte de 50m, ça devrait aller.