Aspindza

Bain chaud, bain froid

Écrit par Marc pour le .

Matinée pluvieuse. Nous décollons sans que la tente soit vraiment sèche.

La route est bien vallonnée et tellement belle. La pluie ne nous arrête pas ni ne nous gêne. Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas roulé sous l’eau.

Nous passons dans cet étroit goulet, entouré par les falaises rocheuses et ce panneau d’interdiction de klaxonner. Les roches sont-elles à ce point instables qu’un coup d’avertisseur peut les faire tomber ? Léon a furieusement envie de crier… juste pour voir.

Nous n’avons pas vu les cailloux tomber et nous ensevelir.

L'impressionnant canyon

La pluie n’est pas vraiment persistante mais que le paysage est beau et impressionnant. Les fortifications, les accès escarpés, marches étroites et approximatives de la rivière jusqu’au pied du mur, route coincée entre falaise et eau.

Nous nous arrêtons quelques kilomètres plus loin, nous avons repéré un lieu où il est possible de se baigner dans un bassin d’eau thermale. Quelques laris par personne et nous voilà seuls dans le bassin d’eau chaude pour une heure. Délice de détente.

La piscine chaude

Forteresse

Nous poursuivons le long de la rivière pour parvenir à la croisée des chemins. Cet endroit où la petite rivière de notre canyon rejoint la rivière principale, celui où la route de ვარძია (Vardzia) rejoint la route principale entre ახალქალაქი (Akhalkalaki) et ახალციხე (Akhaltsikhe).

Nous trouvons un endroit où nous pourrons passer la nuit, dans le parc municipal qui n’est que le bord de rivière derrière une clôture et des portes qui ne se ferment plus. Une fontaine à proximité.

Nous allons visiter la forteressen de ხერთვისი (Khertvisi). Pas grand chose à voir ici que les murs impressionnants, la position stratégique et la vue spectaculaire. Il est évident que l’endroit est un nœud de l’histoire, il paraîtrait même qu’Alexandre le Grand est passé par là.

Les hirondelles sont partout ici également. Dans le bureau d’accueil, des nids d’hirondelles rustiques à 2,20m de hauteur, flanqués aux poutres dans ce bâtiment de pierre. Des petites fenêtres d’aération restent tout le temps ouvertes pour leur permettre une libre circulation. Elles sont ici chez elles et les employés qui se trouvent à quelques mètres ne semblent prêter aucune attention à leurs aller-retours.

Dans la petite chapelle se trouvent un nid d’hirondelles des roches. Il est presqu’à portée de mains et nous pouvons observer le nourrissage des petits qui s’agitent et crient dès que le parent s’approche.

La forteresse

Un coude de rivière

Nous faisons encore une toute petite étape le lendemain. Tout d’abord car nous devons toujours attendre notre tente dont nous n’avons pas de nouvelles malgré les messages envoyés au transporteur, mais aussi car Léon n’est pas du tout en forme. Nous cherchons à nous arrêter en bord de rivière et explorons un endroit qui semble propice. Nous trouvons un endroit idéal, à l’écart de la route que l’on entend que très peu et en bord d’eau. La rivière appelle à la baignade.

Le coude de rivière au pied de la falaise

Se trouve également ici une stèle comme on en voit en Géorgie. Un monument à l’image d’un mort. Le lieu est aménagé pour pouvoir célébrer la mémoire de Giga, puis-je déchiffrer sur la stèle. Car je commence enfin à déchiffrer l’alphabet géorgien, après un an dans ce pays ! Il y a une table de métal et de pierre, deux bancs, une grande croix géorgienne, la croix de Sainte Nino.

Si cette croix a les bras vers le bas, c’est que l’originale est composée de sarments de vigne et nouée des cheveux de la sainte. Sacré brêlage !

Nous voyons de nombreux endroits aménagés par des familles et amis en l’honneur de proches décédés. Ce monument particulier nous interroge, nous n’avons pas le contexte. La rivière serait-elle dangereuse et le jeune homme de 20 ans se serait-il noyé ? Nous prenons toutes les précautions pour vérifier si Lucie peut aller à l’eau en testant nous-même avec attention.

L'aménagement en mémoire de Giga

À la santé des morts

Après plusieurs nuits passées ici, une voiture arrive. À son volant Dato, un homme d’une quarantaine d’années et son fils de 15 ans. L’homme m’invite à partager un verre de bière avec lui par l’intermédiaire de son fils qui parle anglais. J’accepte avec plaisir, même si je vois qu’il n’a clairement plus besoin de boire. Je demande assez rapidement l’histoire de Giga, que lui est-il arrivé ? J’ai en face de moi son meilleur ami, c’est lui qui a fait la table en pierre car il travaille dans une carrière toute proche. C’est dans ses bras que son ami est mort, car en sautant de la falaise un jour comme un autre, il a fait un arrêt cardiaque et n’y a pas survécu. Dato est toujours dévasté par la disparition de son ami et vient ici toutes les semaines en sa mémoire. La tristesse de cet homme est palpable, malgré l’état très avancé d’ébriété. Il m’avoue qu’il a déjà bu 10 litres de bière avant de venir ici.

Je ne peux que penser à son fils qui est là et qui accompagne son père en l’aidant dans ses mouvements désordonnés et dans sa tristesse débordante. Je ressens une compassion profonde pour mes deux compagnons d’un temps. Dato finit par s’excuser d’être totalement saoul avant de partir en zigzagant et de remonter dans sa voiture aidé par son fils. C’est la première fois que j’entends un géorgien s’excuser d’être ivre.


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