Olaverdi

Entre les montagnes

Écrit par Marc pour le .

À ხიზაბავრა (Khizabavra), l’asphalte s’arrête subitement et nous traversons une partie du village sur une piste. Nous sommes sur un plateau, certes, mais ce n’est pas un plateau plat.

Dès que nous sortons du village, le paysage est envoûtant, il me rappelle un causse, le causse Méjean peut-être. Nous avançons péniblement, lentement, poussant les vélos la plupart du temps. Lucie en a vite marre et nous faisons des pauses pour laisser passer le ras-le-bol.

La piste qui sort de Khizabavra

Mais que le paysage est beau.

Nous sommes les seuls humains dans cet espace immense.

Puis nous arrivons au village suivant, quelques maisons, plutôt délabrées, des enfants qui jouent dehors. L’un d’eux monte un vélo sans chambre-à-air dans le pneu qui bringuebale autour de la jante. Cela ne l’empêche pas d’avancer. Nous faisons le plein d’eau et nous poursuivons.

Le plateau entre végétal et minéral

Motivation

Notre objectif pour les prochains jours est d’atteindre une maison d’hôtes à ოლავერდი (Olaverdi). Je pense qu’on y sera demain. Léon a très envie d’y arriver aujourd’hui et encourage tout le monde. Lucie est entre fatigue et envie.

Arrivés à ორჯა (Orja), je me dis qu’il est temps de s’arrêter, je vois que Lucie force. Mais elle me dit que non, qu’elle a envie de continuer.

La petite vallée d'Orja

Plus nous avançons et plus la route va monter. Je le lui dit. Elle insisite. Mais elle peine. Puis après quelques kilomètres, elle éclate. Elle n’ira pas plus loin. Ah oui, mais c’est que je ne vois pas où on pourrait mettre la tente et Estelle et Léon sont devant, déjà un peu loin.

Au bout d’un certain temps, je vois Léon arriver. Il vient aider Lucie. Il prend le vélo de sa sœur et se met à le pousser laissant son propre vélo sur place pour revenir le chercher plus tard.

Voilà qui motive notre fille qui se met à pousser le vélo de Léon, bien plus lourd, en décrétant qu’il est plus facile à pousser. Les voilà tous deux partis, se motivant l’un l’autre.

Nous arrivons à გომანი (Gomani), il ne nous reste que quelques kilomètres avant ოლავერდი. Un homme nous intercepte, Léon et moi, il veut absolument que son petit-fils pose avec nous pour une photo. Le petit-fils n’a pas l’air super motivé mais il s’exécute. Puis il décide de nous suivre. Alors il monte sur son quad et roule à mes côtés.

La vue au dessus de Khizabavra

Le bruit et l’odeur, comme dirait l’autre. Disons que j’aurais préféré qu’il m’accompagne à vélo ! Me voilà à rouler au ralenti car ça grimpe avec dans mes oreilles le bruit du moteur du quad et l’odeur des gaz d’échappement. Nous n’échangeons aucun mot, il ne parle pas anglais ni français ou allemand, je ne parle ni russe ni arménien ou géorgien.

Ma famille qui roule plus vite compatit avec moi, je le vois, je le sens.

Subitement, après de longues dizaines de minutes, mon compagnon de route décide qu’il a fait suffisamment de route, prend une photo de nous deux et s’en va.

Belle vallée

La lumière est sublime, nous sommes dans le fond d’une vallée magnifique, au pieds de montagnes hautes. Didi Abuli nous domine de ses 3300 mètres d’altitude. Elle protège aussi le village du vent violent qu’il peut y avoir dans la région. Il règne à ოლავერდი un atmosphère paisible, une ambiance particulière. Nous nous y sentons bien et nos hôtes nous accueillent très chaleureusement.

Les discussions sont très riches, Hovic et Nana sont tous deux enseignants et nous sympathisons rapidement. Estelle se fait bien vite embarquer pour soigner les maux de l’un ou l’autre membre de la famille et nous sommes chouchoutés et invités à partager les repas avec eux. Ils nous font des spécialités arméniennes, le pokhindz, un plat à base de blé grillé et moulu accompagné de miel et de beurre, ou encore le paparasi une sorte de fondue arménienne à base de lavash et de fromage de Javakheti, excellents.

Paparasi au petit-déjeuner

Le traducteur entre le français et l’arménien joue bien souvent des tours et il n’est pas évident de se comprendre. Ce qui provoque parfois des malentendus plus ou moins drôles !

Agriculture vivrière

Hovic et Nana répondent eux-mêmes à beaucoup de leurs besoins. Ils ont quelques vaches pour le lait, le fromage ou le beurre, des abeilles pour le miel, le blé qu’ils vont faire moudre à la ville pour avoir de la farine pour toute l’année pour eux et leurs clients, ainsi que des pommes de terre à foison. Ils sont conscients de cette relative autonomie alimentaire et nous pouvons ainsi en discuter.

Des meules de foin en forme de bulbon

Car l’agriculture géorgienne est majoritairement vivrière et chaque famille a ses bêtes et ses terres cultivées. Nous avons bien des fois entendu personne ne peut mourir de faim en Géorgie et cela se conçoit aisément. En cas de problème du type pandémie ou catastrophe naturelle ou politique, nous nous sentirions bien plus en sécurité en Géorgie qu’en France.

Peut-être est-ce dû au fait que les géorgiens ont déjà connu un effondrement. Suite à la déclaration d’indépendance du pays, la Russie voisine avait coupé les arrivées de gaz et d’électricité créant un véritable chaos dans le pays.

Cependant, cette mémoire et cette préoccupation touche de moins en moins les jeunes qui préfèrent partir en ville, inspirés par un mode de vie plus occidental et citadin.

La laine des moutons sèche sur les bâches dans un jardin d'Olaverdi

De la casse encore

De mon côté, je descend à ახალქალაქი (Akhalkalaki) pour tenter de faire réparer ma roue voire même d’en changer car je n’ai de cesse de casser des rayons. Échec, il n’y a pas de rayons à la bonne taille, ni de roue qui convienne pour mon vélo. Mais en remontant, la vis de ma selle se casse et je dois finir l’ascension en danseuse ou les fesses sur le porte-bagages. Pas optimal mais rigolo pour les gens que je croise…

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