Khospio encore

Tente, attente et amies

Écrit par Marc pour le .

Le temps est un peu pluvieux. Nous décidons de retourner à notre spot de ხოსპიო (Khospio) qui nous a vraiment beaucoup plu la dernière fois.

Nous reprenons la route, cette fois, elle se fait sans trop de circulation et c’est donc bien plus agréable. Car cette route, nous ne l’aimons pas. Elle est passante, les conducteurs roulent vite, ils nous frôlent parfois augmentant le stress des cyclistes, particulièrement Lucie qui au bout d’un moment devient très irritable.

Nous utilisons alors une technique de roulage éprouvée. Les parents au milieu de la voie, les enfants sur le côté. L’idée est de prendre le plus de place sur la voie de circulation. Car si nous nous serrons à droite comme des cyclistes bien élevés, les conducteurs estiment qu’ils peuvent passer et ne se préoccupent pas de savoir s’ils vont trop vite ou s’ils roulent trop près. Si ça passe, ça passe. Or, d’une part, nous ne roulons pas toujours très droit avec nos lourdes montures, spécialement dans les côtes, et d’autres part, une automobile qui frôle un cycliste peut créer, en plus du stress, un déséquilibre causé par l’appel d’air. Aussi, prendre la place se révèle être la solution la plus sûre. Les automobilistes doivent freiner s’ils ne peuvent pas doubler.

Étonnamment, les conducteurs géorgiens ne sont pas aussi nerveux que les français, ils ralentissent et patientent sans autre forme de procès. Très peu nombreux sont ceux qui montrent de l’impatience. Et lorsqu’ils doublent, ils s’écartent plus de nous lorsque nous sommes au milieu de la voie.

Retour à notre camping

Nous nous réinstallons à l’endroit que nous avions quitté une petite semaine auparavant. Nous installons le hamac acheté pour l’occasion, le tarp pour nous garantir un espace au sec, on s’installe, tranquillement, nous savons que nous devons de toute manière patienter encore un bout de temps. J’ai fini par contacter notre copain Giga. C’est lui qui nous avait parlé du transporteur que nous utilisons. Nous l’avions rencontré en faisant du stop, il nous avait pris tous les quatre dans sa voiture et je lui avais parlé des quelques difficultés que je rencontrais avec la livraison de colis en Géorgie.

Il travaille dans cette entreprise, sans doute à un poste assez élevé alors je renâcle à le déranger dès que j’ai une question. Mais bon, voilà deux mois que notre tente est bloquée en Chine, j’ai envoyé des messages et appelé le transporteur de nombreuses fois et le message final que j’ai reçu était : “nous ne pouvons pas vous aider”. C’est tout. Sans expliquer ce qui avait été tenté, ce qui se passait, quelques détails sur la situation.

Giga a fait le nécessaire et m’a expliqué que notre tente pose problème à la douane chinoise et qu’ils peinent à dédouaner le colis. Il me tient informé. Bref, nous ne l’avons pas encore dans les mains.

Notre camp vu du hamac

Retrouvaille et rencontre

Cet hiver, lorsque nous étions à მლაშე (Mlashe) chez Linda et Guga, nous avons rencontré Eto, Daniel et leurs enfants. Le courant était passé tout de suite et nous regrettions de n’avoir réussi à nous revoir. Voilà qu’Eto a décidé de venir nous rendre visite avec sa tente. Elle arrive donc un midi avec son sac à dos et une amie, Lera pour passer un peu de temps avec nous. Quelle joie !

Nous passons d’excellents moments et sommes ravis des les accueillir “chez nous”, partageant les repas, jouant au Dixit, et parlant anglais toute la journée (même pour le Dixit).

Un magnifique arc en ciel depuis notre camp

Voici les bœufs qui passent

Chaque jour, nous voyons passer un grand troupeaux de vaches. Une centaine de têtes. Les bergers ne sont jamais les mêmes. Cela nous intrigue un peu. Dans ce troupeau se trouve un taureau très nerveux. Les bergers sont obligés de le tenir à distance à coup de bâton et de cailloux. Et si le berger n’est pas là, c’est à nous de le tenir en respect ; car dans le cas contraire, il veut clairement nous expliquer qu’il est chez lui et qu’il aimerait bien qu’on libère la place. Je me retrouve à jouer du bâton pour une joute d’escrimes avec ses cornes afin de le faire reculer. Il mugit, il gratte le sol, il s’approche et si nous ne marquions pas notre territoire, il viendrait sans doute s’asseoir dans notre tente.

Vue du village, de la rivière et de Akhalkalaki depuis la colline qui domine notre campement

Un jour, le berger passe à l’heure du café. Après les salutations, nous lui proposons une tasse de café qu’il accepte avec plaisir. C’est Gela. Il nous dit qu’il va repasser le soir pour boire un coup avec nous. Tchatcha ? Euh, nous merci. Du vin ? Pas ce soir, non. Une bière, alors ? Allez, va pour la bière, à ce soir. C’est rare un géorgien qui demande, nous avons plutôt été habitués à des personnes arrivant avec ce qui leur plaît.

Et le soir, de fait, Gela revient avec un bouteille de bière à partager. Gela est bien Géorgien et ce n’est pas si courant dans cette région habitée majoritairement par des arméniens. La chance que nous avons, c’est que Lera est Biélorusse et parle parfaitement russe. Elle nous sert donc de traductrice et nous pouvons discuter bien plus profondément que si elle n’était pas là.

Gela nous explique que le troupeau de vaches est composé des vaches de tous les habitants des deux villages, ხოსპიო (Khospio) et Martuni (მარტუნი), nous sommes d’ailleurs du côté de მარტუნი, la rivière séparant les deux villages. Chaque propriétaire de vache doit un nombre de jour de garde du troupeau : un jour et demi par tête. Gela a deux vache, il fait le berger trois jours. Ce système fonctionne de mai à octobre, l’hiver, les vaches sont à l’étable. Lorsqu’une vache a un problème, c’est au berger du jour de régler le soucis ou de payer la vache à son propriétaire si elle vient à mourir.
Nous lui demandons quel est le recours en cas de conflit ou de désaccord, il nous répond que tout le monde se connaît ici, qu’ils ont l’habitude de discuter ensemble et que les désaccords se résolvent en parlant autour d’un repas partagé ou d’un verre.

Gela et Lera à l'apéro nocturne

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