Kirovakani

La queue de comète

Écrit par Marc pour le .

Nous nous éloignons un peu de la ville. Nous avions noté ce lac à l’ouest de ახალქალაქი (Akhalkalaki) mais n’avions pas encore exploré de ce côté. Un peu plus de sept kilomètres, des cultures partout à perte de vue, surtout des pommes-de-terre, et les montagnes au loin.

J’ai donné au livreur l’adresse du restaurant Gold, en ville, où je suis venu travailler de nombreuses fois. Tenu par des géorgiens, on y mange très bien, c’est calme et il y a internet. Cet été, il y avait Davit, un des fils de la famille, qui parle très bien anglais. Il est retourné étudier à Tbilisi. La grande salle est découpée en petites alcôves à l’aide de grandes plaques d’aggloméré. Chaque tablée est ainsi dans son petit cocon. C’est souvent ainsi en Géorgie. Il y a même une salle avec des décorations locales, lynx empaillé, fusils, reproductions de peintures de Pirosmani, habits traditionnels.

On nous l’a dit souvent, les géorgiens n’ont pas une économie très florissante, mais ce qu’ils gagnent, ils aiment le partager en famille et avec les amis autour d’une table. Le futur s’occupera du reste.

Nous trouvons un endroit en bord de lac, à l’écart du village, éloigné de la route, avec une vue imprenable sur la chaîne de montagnes de Didi Abuli à l’ouest.

Installation de la tente face au lac et aux montagnes

Monet Monet Monet

Pas un arbre autour. Lorsque le soleil tape, il est difficile de se protéger de la chaleur. Mais le lieu que nous avons trouvé nous plait beaucoup, il est très paisible. Chaque jour le berger de la ferme voisine passe dans un sens, dans l’autre, il faut parfois veiller à ce que les vaches ne se prennent pas les pattes dans les cordes du tarp ou de la tente lorsqu’elles paissent alentour.

Et chaque matin, chaque soir, à chaque heure de la journée, la vue sur le lac et la montagne nous offre une palette fabuleuse de déclinaisons de ce paysage magnifique. Les couleurs, les contrastes, la lumière, les nuages, le lever ou le coucher du soleil, la pluie, les arcs en ciel, dans toutes les conditions la vue est superbe et nous donnerait presqu’envie de devenir peintre impressionniste. Mais si nous aimons dessiner, nous ne pouvons pas prétendre à peindre des déclinaisons de nymphéas comme Claude Monet, tout simplement parce qu’il n’y a pas de nymphéas dans le lac. Sinon, vous imaginez bien qu’on aurait fait aussi bien ! Dommage, pas de nymphéas, c’est ballot.

Lac et montagne au coucher de soleil
Lac et montagne au lever de soleil
Lac et montagne ciel bleu
Lac et montagne sous la pluie avec un arc-en-ciel

De la méduse ce bateau

Les enfants ont repéré des planches dans l’eau. Lors de la première baignade dans le lac, ils ont remarqué qu’il flottaient un peu dessus. Il n’en faut pas plus pour les motiver. Ils vont chercher les planches l’une après l’autre et les rapportent par voie d’eau en longeant la rive devant notre lieu de camp. Ils s’entraident, ils prennent le temps, font des pauses, ont froid, se réchauffent, y retournent, mais ils rapportent trois grosses planches et quelques autres morceaux de bois. Impressionnant de motivation et de persévérance. Car il faut parcourir au moins sept-cents mètres en tractant ce bois gorgé d’eau.

Devant autant de motivation, je sacrifie volontiers la cordelette qui nous sert normalement pour étendre le linge ou faire sécher la tente et me lance dans l’assemblage avec eux. On tâtonne, on n’est pas expert en radeau, on s’interroge, on élabore. Il faut serrer plus, mais non, si on repasse par là, ça va faire un serrage, oui mais les planches tournent, il faut les stabiliser. Après quelques essais, ils ont un magnifique radeau. Enfin, ils ont un radeau. En tout cas, ils passent de nombreuses heures à partir à l’assaut du lac, surtout lorsqu’il fait beau et qu’il n’y a pas de vent, car la température de l’eau n’est pas très élevée.

Lucie debout sur le radeau

Semaine de deux jours

Manifestement, les jours ouvrables du livreur ne sont pas les mêmes que partout en Géorgie. Cette livraison traîne en longueur. La fameuse queue de comète, comme au boulot, on a fait les premiers 80%, il reste les derniers 80% à faire. Nous espérons que notre colis n’est pas perdu ou qu’il n’y a pas de problème. Nous n’avons pas tellement de moyens de savoir, simplement appeler le transporteur qui me dit des choses mais qui ne semble pas tellement plus en mesure d’avoir des informations que moi. Que c’est long ! Mais que c’est long !

Je m’amuse à chercher un sens, où à déceler un complot global à cette attente.
Imagine, le vendeur japonais, le transporteur et la douane chinois, les transporteurs et la douane géorgiens, tous se sont ligués pour que nous ne recevions pas le colis avant la date du 19 septembre qui marque deux ans et demi de voyage ! Ou alors, ils attendent tous que mon compteur affiche 11000 km puisque nous avons célébré les 10000 à quelques kilomètres d’ici début juillet. À force d’aller faire des courses en ville ou d’aller travailler et charger les appareils, on va y arriver.

Enfin, après presque dix jours, un appel sur mon téléphone ! C’est le livreur, il parle même anglais et je peux lui confirmer d’aller au restaurant. Je m’y rends aussi, je suis tout guilleret ! Il arrive, il me donne le colis, après toute cette attente, ça fait quelque-chose tout de même. J’attache le carton sur mon vélo après en avoir vérifié le contenu, je rentre au camp, il est un peu tard, nous partirons demain matin.

Arrivé au camp, je regarde mon compteur : 11000km. Quel jour sommes nous ? Le 19 septembre.
Je le savais ! Ils sont vraiment forts.

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