Sarıkamış

Gare aux ours

Écrit par Marc pour le .

Je suis levé bien avant le soleil. Deux renards arctiques déambulent et me regardent. Il jouent ensemble, s’approchent, s’éloignent. L’un d’eux attrape une sandale d’Estelle, ah non ! Quand même pas. Ils sont partis un peu plus loin, j’envoie un cailloux à côté d’eux, le bruit les effraie un peu et ils me laissent champ libre pour récupérer la sandale. Ouf !

La promenade continue, le jeu aussi, ils sont magnifiques, ils viennent tout proche, un, deux mètres. Tout le monde s’est levé pour en profiter et c’est une grande joie de les observer de si près.

Lucie photographie les renards

Le soleil se lève sur le canyon dominé par la forteresse. L’herbe rase et éparse de la tundra nous entoure et berce nos étapes depuis des jours.

Nous descendons à toute vitesse de notre plateau haut perché. Nous arrivons à la gare routière où un salon de thé nous accueille pour un petit-déjeuner à grand renfort de simit, ces petits pains en forme de couronne au sésames. Ceux-ci sont vraiment délicieux.

Bout de route

Nous empruntons une route secondaire qui nous emmène vers une principale. Après un an en Géorgie, les routes de Turquie nous semblent des billards. Les routes principales ont même une voie supplémentaire pour nous, la bande d’arrêt d’urgence. Mais avoir de bonnes routes fait que les conducteurs roulent plus vite et n’ont pas très envie de ralentir.

Nous roulons bien jusqu’à une station service où nous pouvons faire sécher la tente, boire un çai, faire un temps d’instruction pour les enfants et se reposer un peu.

La pause de midi se fait en ville, à Selim. Nous repérons un parc pour préparer à manger. C’est le weekend et les enfants ne sont pas à l’école. Les garçons qui sont dans le parcs sont particulièrement envahissants. Ils touchent à nos vélos, veulent absolument les essayer, enclenchent les leviers de vitesses, ouvrent les sacoches, puis ils regardent le moindre de nos gestes, reluquent nos assiettes, observent ce que l’on mange, comment on mange, prennent les dattes que nous leur offrons, mais les jettent au sol sans les manger, puis ils nous demandent des cadeaux, lorsque je leur donne un petit quelque-chose, ils n’en veulent pas vraiment et préféreraient les souvenirs que les enfants gardent précieusement dans leurs sacoches… Quelle tornade !

Nous partons de ce parc sans avoir pu créer de lien avec ces enfants et abasourdis par le bruit. Nous cherchons un endroit calme où faire une pause après la pause. Ce sera un salon de thé où nous pourrons discuter avec des adultes bien plus tranquilles.

Rivière et train

Nous laissons la ville et la route pour prendre une piste qui longe une rivière et une voie ferrée. Le spot de bivouac est à l’écart d’un village. Quelques enfants viennent nous rencontrer, mais nous sommes à saturation de l’expérience précédente et n’arrivons pas à les accueillir même s’ils sont bien plus agréables et curieux.

Nous suivons la voie ferrée le lendemain qui nous emmène jusqu’à Sarıkamış que nous dépassons pour aller nous installer sur une aire de pique-nique où une source coule. Nous sommes ravis de retrouver des arbres. La forêt est partout.

Nous passons devant une décharge à ciel ouvert où brûlent les déchets, amoindrissant un tantinet le charme du coin, mais initiant une discussion sur les déchets et leur gestion avec les enfants, une de plus.

Quelques personnes pique-niquent, d’autres viennent remplir des bidons d’eau à la source, tous ceux qui viennent nous voir nous alertent : ici, il y a des ours, c’est très dangereux. Les gendarmes qui arrivent de nuit nous le disent aussi. Nous avons pris nos précautions, notamment mettre les sacoches de nourriture à distance de la tente.

Le lendemain, Estelle et moi allons faire une balade dans les bois. Nous grimpons, discutons et tout à coup, Estelle me dit : Stop ! On fait demi-tour, on est en train de changer de territoire. Elle était au milieu d’une phrase et s’est arrêtée, alertée par une intuition. J’ai coutume d’écouter ma femme, nous faisons demi-tour. Et de fait, nous passons à côté d’une belle bauge, ce nid de poule pour ours.

Nous ne verrons en définitive pas d’ours, mais des renards viendront nous rendre visite.

Le soleil filtre à travers un énorme nuage

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