Nous voilà enfin prêts pour notre première étape de marche comme initialement prévu. Après plus d’un mois et demi à essayer sans y parvenir, à hésiter, après toutes ces tentatives avortées, nous allons pouvoir tester ce mode de voyage. Cela va nous permettre également de nous échauffer pour les randonnées prévues en Svanetie.
Nous partons tardivement et il fait déjà trop chaud. Quitter la ville est pénible et nous nous arrêtons bien vite en bord de rivière pour manger et se rafraîchir. Dès que l’eau est là, les enfants sont fous de joie.
Nous quittons enfin les itinéraires urbains pour avancer dans la campagne. Plus nous montons, plus le paysage nous émerveille. Vue sur la montagne au loin, puis sur la mer Noire, sur la campagne luxuriante qui nous accueille dans ses pistes en terre entourées d’arbres et de vieilles fermes.
Nous croisons quelques plants de thé. Comme autour de ოზურგეთი (Ozourguéti), la culture du thé a dû être ici le cœur de l’activité économique du temps de l’Union Soviétique. Il n’en reste que quelques traces.
Nous arrivons enfin à კორცხელი (Kortskheli) où nous retrouvons Rebecca qui a déjà installé sa tente depuis un bout de temps. La journée a été éprouvante pour Lucie, la chaleur, avancer doucement, la fatigue, pas facile. Léon a redoublé d’inventivité pour motiver sa sœur. Nous avons prévu de dormir ici deux nuits.
Samegrelo
En me promenant le soir, je me fais bien vite embarquer chez un habitant qui veut absolument m’inviter à boire un verre. Nous discutons sans l’aide de traducteur et dès que je lui parle de la Géorgie, il me reprend en me disant SAMEGRELO ! Il est clairement très fier de sa région, de son patois et même de son village. Tout est bien mieux ici selon lui. Il m’offre à manger et à boire, j’ai plaisir à goûter les excellents produits faits maison et bois très modérément le vin qu’il m’offre connaissant les coutumes géorgiennes, euh…, megreliennes !
Il me raccompagne à la tente et me montre une maison juste à côté où nous pouvons utiliser les toilettes du jardin. Parfait. Je sais désormais que nous ne sommes plus vraiment des étrangers pour les gens du village.
Kvaradona
Deux nuits passées dans ce petit village et nous passons à l’étape suivante. Même manège, nous plions tout le matériel, chargeons la voiture de Rebecca et démarrons la marche du jour allégés. Nous longeons la route principale, la marche n’est pas spécialement agréable, mais dès que nous quittons l’itinéraire des voitures, la campagne devient bien plus charmante et ombragée, paisible. Nous évoluons entre les plantations de noisetiers où des cochons débonnaires se reposent, les pistes en terre où trônent des arbres immenses et vénérables qui prêtent leur ombre au puits. Nous arrivons petit à petit sur un chemin enherbé entouré de cultures intensives, le paysage est bien moins agréable et nous voyons que les sols sont maltraités. Des fruitiers à la chaîne, peut-être des anciennes plantations de thé qui sont passés d’une surexploitation à une autre.
Nous abrégeons un peu notre étape en faisant du stop. Nous sommes 4, mais ça ne nous empêche pas d’être pris assez rapidement pour les quelques kilomètres restant.
Nous voilà à წალენჯიხა (Tsalenjikha). Rebecca a déjà trouvé un endroit rêvé où mettre la tente en bord de rivière un peu en dehors de la petite ville. En rejoignant nos amis, nous observons les portraits peints d’un footballeur géorgien dont nous avons entendu parler à peu près à chaque rencontre depuis notre arrivée en Géorgie : “Francia ? PéCéGué ! Kvaratselia !”.
Pour nous qui n’y connaissons rien en foot, c’était assez cryptique. Nous avons assez vite compris qu’il s’agissait d’un joueur géorgien qui jouait au PSG. Mais c’est la super star, il y a des photos de lui partout (surtout avec le maillot géorgien) et le voilà en peinture sur les mur du stade ou sur une façade d’immeuble. Bingo ! Nous sommes arrivés dans SA ville, la ville de Kvaradona pour reprendre le surnom qui lui est donné en hommage au footballeur argentin mythique Maradona.
Nous ne le verrons pas, mais nous passerons un excellent moment dans cette petite ville où il est fort agréable de se baigner dans la rivière bien fraîche.
Pluie, pluie, pluie et UE
Voilà la pluie qui est annoncée. Nous n’avons pas notre équipement de pluie qui est resté avec nos vélos. Rebecca n’est pas très bien équipée non plus et c’est assez compliqué avec les enfants. Nous décidons d’aller planter la tente dans le jardin d’un café/restaurant à მახარია (Makharia) ce qui permet d’avoir un abris agréable lorsqu’il pleut et de rester sec.
Notre aventure à pieds est bien vite interrompue. Pas si simple.
Nous y rencontrons une équipe internationale d’observateurs de l’Union Européenne. Pendant qu’Estelle discute avec une géorgienne et une suédoise, je discute avec Marcus, un allemand. Ils patrouillent le long de la délimitation avec l’Abkhazie pour noter d’éventuels changement dans cette “frontière”.
Depuis que nous sommes en Géorgie, nous avons souvent vu des panneaux sur des maisons ou sur des tee-shirts : “20% of Georgia occupied by Russia”. Les guerres d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud ne sont pas résolues. Bien que l’autonomie des régions soit actée, elles font officiellement partie de l’État Géorgien. Nous avons vu des déplacés d’Abkhazie à Tsqaltubo par exemple, nous savons qu’il y a des villages entiers créés pour loger ces personnes, nous avons entendu des témoignages de guerre, des pères héros morts pour la patrie ou qui ont réussi à en sortir dans des conditions rocambolesques ou plutôt ramboesques.
Marcus m’explique que la délimitation avec l’Abkhazie est assez poreuse et que les familles qui se trouvent séparées peuvent se retrouver facilement, que les habitants d’un côté ou de l’autre peuvent aller se recueillir sur les tombes du côté opposé sans trop de difficulté. Il n’en est pas de même avec l’Ossétie du Sud qui semble bien plus fermée.