Saro

Détour dans l'espace et dans le temps

Écrit par Marc pour le .

En quittant აბასთუმანი (Abastumani), nous rebroussons chemin et retournons vers ახალქალაქი (Akhalkalaki). Nous retrouvons certains des lieux de bivouac et innovons sur d’autres. À ასპინძა (Aspindza), nous retrouvons notre spot favori et son mémorial en l’honneur de Giga.

Estelle et Lucie roulent sur la route près d'Akhaltsikhe

De là, nous décidons de quitter la grande route pour découvrir un autre coin. Il s’agit d’éviter la circulation de l’itinéraire principal et de grimper sur le plateau en passant par სარო (Saro). Une ascension à 9% sur 4km. Autant dire que nous allons beaucoup pousser et prendre beaucoup de temps pour monter. Alors nous partons à la fraîche pour éviter de souffrir de la chaleur.

La vue depuis le plateau

Et de fait, l’ascension est très difficile et longue, mais nous arrivons en haut. Le petit parc du village nous accueille pour la pause méridienne. Nous pouvons faire un petit peu d’histoire grâce aux traces de l’Union Soviétique encore présentes, les sculptures sur la fontaine ou même la photo de Staline gravée dans la pierre sur le monument au morts.

La fontaine de Saro
La photo de Staline sur le monument aux morts

Sous la chaleur

Nous visitons la jolie petite église qui domine le canyon vertigineux. La vue est sublime et une vieille forteresse cyclopéenne en ruine offre également une visite spectaculaire.

Le soleil cogne. Nous ne sommes plus habitués tant nous sommes restés en altitude depuis ce printemps, bien loin des canicules subies en France.

Un mur cyclopéen de la forteresse en ruine

Nous décidons pourtant de rejoindre le prochain village à quelques kilomètres de là malgré un nom un peu plus compliqué : ხიზაბავრა (Khizabavra).

Dans ce village comme à სარო, une ambiance particulière règne, difficilement définissable, un petit quelque-chose de différent. Nous sommes un peu coupés du monde, sur ce plateau, une atmosphère paisible et amicale règne.

Nous cherchons un endroit où nous pourrons passer la nuit. On nous indique l’église, un enfant nous y accompagne. Il s’agit clairement d’une église catholique, l’architecture, la statuaire, le nom, nous sommes intrigués. Nous ne pourrons pas planter la tente ici à cause des escaliers mais nous attendons un peu que la chaleur passe avant d’aller chercher un autre endroit. Un homme arrête son camion devant nous et la discussion démarre.

Il est catholique et il appelle une amie qui va venir nous ouvrir la porte afin de pouvoir visiter l’église.

Retour au 19è siècle

La femme arrive quelques temps après avec les clés et nous fait entrer, joue et chante un morceau sur l’harmonium pendant que nous visitons et nous recueillons et méditons comme nous le faisons dans chaque édifice religieux que nous visitons. J’ai l’impression d’être dans une église de Normandie, bâtie au XIXè siècle elle ressemble à s’y méprendre à celles que nous pouvons trouver en France, les livres de chants, les icônes, le chemin de croix, la photo de Sainte-Thérèse de Lisieux, c’est vraiment déroutant de voir tout cela ici. Comment cela se fait-il ?

La nef de l'église catholique

Nous comprenons que la communauté catholique est très minoritaire ici mais qu’elle est bien vivante, un prêtre vient de თბილისი (Tbilisi) tous les weekends pour célébrer la messe et des camps de vacances ont lieu ici.

Nous trouvons à poser la tente dans le jardin de la petite épicerie/bar qui se trouve un peu plus bas dans le village. Alors que je suis invité à partager une bière par un des habitants, je discute longuement avec une jeune femme qui parle anglais. Elle est catholique comme sont père, son frère est orthodoxe comme sa mère. Elle m’explique qu’il y a de nombreuses églises catholiques dans la région, que cela date de la dernière occupation ottomane. Si je comprend bien, le choix avait été laissé aux habitants de la région de se convertir à l’Islam ou d’être passé par le fil de l’épée. Alors, une troisième voie était apparue, devenir catholique pour bénéficier de la protection de l’Italie dont la puissance incitait les ottomans à respecter les croyants affiliés à Rome.

Les bancs de l'église

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