Notre amie Rebecca (vous savez, celle qui s’est cassé le bras à მესტიი (Mestia)) a trouvé un petit appartement à ბაკურიანი (Bakuriani) dans un complexe hôtelier et à un prix défiant toute concurrence. Elle va ainsi pouvoir apprendre à ses enfants à nager car il y a une piscine. Elle voulait le faire à მესტიი (Mestia), mais son accident était venu contrarier ses plans.
Elle hésitait à conduire avec un bras valide seulement lorsqu’elle a vu un homme qui conduisait sa voiture avec sa jambe plâtrée qui sortait par la fenêtre. Personne ne semblait intrigué par la situation, pas même les policiers qui le saluaient comme si de rien n’était.
Elle a donc réussi à conduire avec un seul bras jusqu’à ბაკურიანი (Bakuriani), et ბაკურიანი (Bakuriani), c’est juste de l’autre côté du col de Tskhratskaro, c’est une quarantaine de kilomètres. Alors certes, une quarantaine de kilomètres loin d’être simple, mais le jeu en vaut la chandelle, se retrouver ferait super plaisir à tout le monde.
Tskhatskaro, c’est un col à 2454m, le point bas de l’étape, c’est კოთელია (Kotelia), à 1700m et la destination, ბაკურიანი (Bakuriani), est également à 1700m. Et il faut savoir que la route n’est pas une route, mais une piste dans un état déplorable de part et d’autre du col.
Je suis allé voir à ახალქალაქი (Akhalkalaki) si jamais il n’y avait pas un marchrutka qui faisait la liaison, mais non, la route est vraiment trop mauvaise.
Oui, alors, on est super motivé, mais la perspective de grimper le même col dans les deux sens juste pour faire un petit coucou relativise un peu l’élan amical qui nous habite.
Nous échafaudons alors un plan astucieux mais néanmoins ambitieux. Nous montons au col, nous posons notre tente au sommet, puis nous rejoignons à pieds les remontées mécaniques (celles que nous avons empruntées fin mars) pour rejoindre ბაკურიანი (Bakuriani), passons la journée avec nos amis et retrouvons notre tente avec les mêmes remontées mécaniques.
On ne peut pas vraiment parler de simplicité, mais notre objectif devient atteignable.
Dévalons
Nous quittons donc Olaverdi en direction du col ! Hauts les cœurs ! L’ambiance est super bonne dans l’équipe, tout le monde est en forme, le sourire aux lèvres. On file (eh oui, ça descend au début), la route est en excellent état, il fait beau, la vie est belle, lorsque tout à coup (tindindindindiiiiin [musique dramatique accompagnant un suspens poignant que chanteraient les enfants]), un deuxième rayon de ma roue arrière se rompt.
Saperlifopouette ! Je n’étais déjà pas très à l’aise avec le fait de grimper une piste avec un rayon cassé, mais deux rayons, ce n’est vraiment pas envisageable. Il nous faut un gros plan B.
Nous nous rendons tout de même jusqu’à კოთელია (Kotelia, le point bas) car c’est le village qui se trouve à la croisée des chemins. ახალქალაქი (Akhalkalaki) d’un côté, ბაკურიანი (Bakuriani) de l’autre et Tabatskuri du troisième. C’est un carrefour stratégique et les commerçants ainsi que la police qui se sont installés ici l’ont compris comme nous.
Nous dégottons un endroit où poser notre tente, une plantation de pins le long de la route, et nous prenons le temps de réfléchir une fois le camp installé.
1. Changer de roue
Tout d’abord, changer de roue. Je le savais, je le sais, mes roues sont trop faibles pour le poids qu’elles ont à supporter, particulièrement ma roue arrière. Le cycliste plus les deux sacoches et le boudin du porte-bagages plus la remorque, c’en est trop. Alors je casse des rayons. D’autant que je n’ai pas le matériel pour les changer, ces rayons.
Rien à ახალქალაქი (Akhalkalaki), je dois trouver ça à Tbilisi quitte à me le faire livrer ici. J’envoie des mails à tous les magasins que je trouve sur internet. Peu me répondent, ceux qui me répondent me disent qu’ils n’ont pas ou que oui, ils ont en me donnant des indications sur les pièces qu’ils ont. Mais la communication n’est pas simple, il faudrait que je parle géorgien pour les appeler et être sûr que les pièces vont bien correspondre, sinon, je suis à peu près sûr que je vais recevoir quelque-chose qui convient presque. Je renonce à me faire livrer et me dis que je suis bon pour un trajet à Tbilisi avec ma roue.
Mais pas maintenant. Car il y a urgence. Et c’est le numéro 2.
2. Rendre visite à nos amis
Soit, nous ne pouvons pas tous monter le col avec nos vélos, mais nous pouvons faire deux groupes ! Un groupe qui monte à vélo avec le minimum de matériel pour camper et le deuxième groupe qui monte en auto-stop. Je ne crois pas possible le fait de monter tous en auto-stop avec notre matériel, pas assez de circulation sur cet axe.
Alors que nous réfléchissons à tout ça, un cycliste intrigué regarde notre campement. Je lui fait un grand signe et le rejoint en bord de route. Émilie arrive juste après et nous voilà discutant en français. La discussion se poursuit, les enfants se sont ajoutés et voilà que nos deux compatriotes décident de venir boire un thé avant de poursuivre. Ils se joignent à notre camp, le thé se transforme petit à petit en repas, puis en plantage de tente à côté de la nôtre.
Ils vont justement à ბაკურიანი (Bakuriani). Pourquoi ne pas y aller ensemble ? Je motive Léon pour faire l’ascension avec eux, je prendrai le vélo d’Estelle et nous laisserions le reste du matériel soit au market où nous allons remplir nos bidons d’eau, soit au poste de police, ça vous dit ?